Championnat du monde de judo: le guerrier Clerget

JUDO Après une saison époustouflante, le –81 kg de Marnaval s’apprête à disputer son premier championnat du monde senior. Portrait.

Florent Bouteiller

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 Le 17 janvier dernier, Axel Clerget avait triomphé du vice champion du monde 2007, Anthony Rodriguez au championnat de France à Coubertin.
 Le 17 janvier dernier, Axel Clerget avait triomphé du vice champion du monde 2007, Anthony Rodriguez au championnat de France à Coubertin. — 20minutes/F.Bouteiller

« Il ne lâchera rien. Axel, c’est un guerrier », lâche avec fierté son père, Francis Clerget. Ses adversaires ne peuvent pas dire le contraire. Avec son kumikata (prise de garde) rugueux, son rythme infernal qui monte crescendo et ses attaques en bout de manche qui démarrent de loin, mieux vaut être affûté. Dernièrement, c’est le Géorgien Tsikauri qui a failli en faire les frais au championnat d’Europe dans la petite finale qui l’opposait au Français. Débordé dans les dernières minutes du combat, lessivé, le Géorgien est passé tout près de la zone rouge sur une clé de bras. La spécialité du Français. Dans quelques jours, l’athlète du JC Marnaval fera son entrée dans l’arène de Rotterdam où il compte bien créer la sensation. « Chez les –81 kg, tout est possible. C’est une catégorie dense, mais il y a une dizaine de mecs qui peuvent prétendre au titre. Et j’espère que j’en fais partie », analyse-t-il avec lucidité. Et il le peut, au regard de sa saison 2009.

 


Un judoka qu revient de loin

 

C’était le 17 janvier dernier au championnat de France à Coubertin. Dans un couloir obscur, le grand rouquin perfectionniste répétait inlassablement ses attaques contre un mur en béton. Plongé dans sa bulle sous la capuche de son sweat, il s’apprêtait à faire chuter de son piédestal le vice champion du monde 2007, Anthony Rodriguez. Trois minutes lui suffirent pour passer un ippon soei nage (mouvement d’épaule) au ras du sol et s’ouvrir les portes de l’équipe de France. À cette époque, peu de gens auraient parié un kopeck sur lui. Troisième au championnat du monde junior en 2006, le jeune homme, amoindri par les blessures, était redescendu en seconde division. Retour à la case départ. « J’étais au fond du trou. J’avais perdu confiance en moi. Heureusement que ma famille était là », se souvient Axel. Depuis, le vent a tourné. Après avoir enflammé le public au Tournoi de Paris en arrachant, aux tripes, une belle médaille de bronze, le judoka s’est présenté plus hargneux que jamais aux championnats d’Europe, au point de se payer l’Allemand Ole Bischof, champion olympique à Pékin.


Une affaire de famille


Convoité par les plus grandes écuries parisiennes, Axel Clerget a préféré rester dans son club d’origine pour « ne pas partir en vrille ». Pour comprendre la virtuosité technique de l’athlète, notamment au sol, il faut puiser à la source, un petit club de la Haute-Marne à Saint-Dizier. « Marnaval, c’est l’école du ne-waza (travail du sol). C’est un passage obligé pour tous nos judokas, soutient fermement Francis Clerget, 6e dan et formateur national à la Fédération française de judo. Pour moi, un bon judoka, ça doit être fort au sol. » Et il n’y a pas de hasard. Dans le sillage d’Axel, le petit frère et la grande sœur pointent tous les deux en première division, la crème du judo français. Petit, Axel Clerget a pratiqué tous les sports, pas vraiment décidé à choisir entre la natation, l’athlétisme ou le judo. « C’était un gamin malicieux, raconte son père. Il voulait toujours avoir le dernier mot, alors on se défiait dans tous les sports. Mais un jour, il a pris sa décision. Il a arrêté de jouer. Et là, j’ai compris que je ne pouvais plus suivre », rigole son père. Aujourd’hui en partenariat avec les douanes, Axel jongle avec ses quatre heures quotidiennes de judo et ses études de kiné. Une vie à 200 à l’heure pour préparer sa reconversion, même si pour lui, la priorité reste et demeure sa carrière de haut-niveau et les Jeux olympiques de Londres en 2012.