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« La retraite, c’est une petite peur », avoue Céline Dumerc, bientôt 40 ans

Basket féminin : « La retraite, c’est une petite peur »… Céline Dumerc, bientôt 40 ans, repart pour un tour

INTERVIEW DU LUNDILa meneuse de jeu de Basket Landes, icône du basket français, a décidé pour la seconde fois de repousser sa retraite sportive par amour du jeu
Clément Carpentier

Clément Carpentier

L'essentiel

  • Chaque lundi, 20 Minutes donne la parole à un acteur ou une actrice du sport qui fait l’actu. Cette semaine, place à la basketteuse Céline Dumerc.
  • L’ancienne internationale vient de repousser pour la deuxième fois sa retraite sportive. Celle qui franchira la barre symbolique des 40 ans en juillet va repartir pour une saison avec son club, le Basket Landes.
  • Manager de l’équipe de France depuis quelques mois, elle ne se voit pas du tout coach après sa carrière de joueuse.

Increvable. Voilà un adjectif qui correspond bien à Céline Dumerc. A l’image de son jeu sur le terrain, la basketteuse française ne compte pas encore ranger son short et ses baskets à 39 ans. Il y a quelques jours, à la suite de la victoire de son équipe, Basket Landes, en finale de la Coupe de France, elle a annoncé la poursuite de sa carrière pour au moins une saison supplémentaire.

C’est la deuxième fois en deux ans que l’ancienne meneuse de l’équipe de France repousse sa retraite sportive. A quelques semaines de fêter son 40e anniversaire (le 9 juillet), elle se confie auprès de 20 Minutes sur ce choix, sa carrière mais aussi son nouveau rôle de manager de l’équipe de France.

Comment allez-vous après toutes ces émotions ?

Tout va bien ! C’est vrai qu’on a vécu quelque chose d’un peu fou avec cette victoire en Coupe de France. L’année dernière, il y a eu le titre de champion et c’était un rêve pour le club, mais la Coupe de France, c’était vraiment un projet de la gagner depuis mon arrivée en 2016. Les dirigeants voulaient emmener tout le peuple landais à Bercy depuis plusieurs saisons et en plus, on a gagné. C’était un moment hallucinant à vivre. Le club m’avait mis un peu la pression là-dessus quand j’ai débarqué. Mais ce n’est pas parce que vous signez Céline Dumerc que vous allez gagner des titres dès le lendemain.

Et cette prolongation de contrat, elle était vraiment prévue ?

Disons que c’était à moitié prévu (sourires). C’était en discussion depuis quelque temps et je devais donner ma réponse au club. Ce n’est jamais évident de se décider mais bon, après avoir gagné et sûrement sous le coup de l’émotion, j’ai plus parlé avec mon cœur qu’avec ma raison. C’est vrai que c’était assez drôle comment la présidente m’a un peu piégée lors de cette cérémonie, elle me l’avait dit avant, avec quelques bières dans le nez, mais je ne pensais pas qu’elle allait me lancer comme ça devant le public.

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C’est la deuxième fois que vous repoussez l’arrêt de votre carrière…

La saison dernière, ce sont vraiment les dirigeants qui étaient venus frapper à ma porte pour me demander un service car c’était un peu compliqué sur le recrutement. Ils étaient un peu dans la panade. Le problème c’est que j’avais annoncé partout que j’arrêtais, et je n’aime pas trop changer d’avis… Il a fallu que j’assume mais l’envie de jouer était là comme elle est encore là cette année.

Qu’est-ce qui vous pousse à continuer ?

Ce n’est pas une question de défi et d’atteindre un certain âge. Justement, aujourd’hui, dans le sport tout le monde pense qu’il faut que tu arrêtes parce que t’as 40 ans. C’est plutôt à cause de cette pression-là que je me suis posé la question mais en fait, quand je m’écoute moi, la réponse est claire et nette, j’ai toujours autant envie de jouer, de venir m’entraîner… J’aime toujours me dépasser. Je ne suis pas du tout blasée et, en plus, je sais la chance que j’ai de toujours pouvoir performer à mon âge. Je veux en profiter jusqu’au dernier moment.

Vous n’avez pas peur de faire l’année de trop ?

J’ai envie de vous dire que ça fait six ans que je me dis que c’est peut-être l’année de trop. Bon, j’arrête en tout cas de me prononcer sur mon avenir (rires).

Céline Dumerc, la meneuse de jeu de Basket Landes.
Céline Dumerc, la meneuse de jeu de Basket Landes. - Julien Bacot

Et la retraite, ça fout la trouille ?

C’est certain. La retraite d’un athlète, c’est une petite mort. On ne sait pas comment on va le vivre. Moi, ça fait 22 ans que j’ai le même calendrier dans la tête. Donc, me retrouver sans ça… Les premiers mois, ça va être cool, je vais partir en vacances, voyager, mais ma vie actuelle risque de vite me manquer. En plus, ce qui m’anime avant tout, ce sont les émotions que je vis sur le terrain. Oui, la retraite, c’est une petite peur, je l’avoue.

Regrettez-vous d’avoir arrêté votre carrière internationale peut-être trop tôt (en 2017) ?

Pas du tout parce que je pense qu’arrêter l’équipe de France m’a permis de continuer en club. Je crois que je n’aurais pas pu suivre la cadence. J’avais tout vécu avec les Bleues. Le choix a été plutôt judicieux avec le recul.

Qu’est-ce que vous ne faites plus aujourd’hui par rapport à il y a 10 ou 20 ans ?

Je sens que la récupération, ce n’est plus la même. Il faut faire beaucoup plus attention. Je vais bien plus souvent chez le kiné (sourires). Il faut bien se faire masser et avoir une hygiène de vie irréprochable. Après, sportivement, j’ai changé de poste, je suis passée de meneuse de jeu à ailière, du coup, je ne monte plus la balle, je ne défends plus tout terrain. L’activité est moins importante et ça me permet de jouer encore longtemps sans être cramée au bout de cinq minutes.

Céline Dumerc, la meneuse de jeu de Basket Landes.
Céline Dumerc, la meneuse de jeu de Basket Landes. - Julien Bacot

Quel est l’objectif sur cette fin de saison avec Basket Landes ? Le titre, ou ce n’est que du bonus ?

Je pense que ce n’est que du bonus. Ce n’est pas parce qu’on a remporté la Coupe de France qu’on va dire haut et fort qu’on veut le doublé. Ce n’est pas la mentalité du club. Déjà, il y a ce quart de final face à Charleville (match retour mardi dans les Ardennes). La saison est déjà réussie mais on n’est pas rassasiées.

Ce club est vraiment particulier…

Oui, c’est hyper plaisant de jouer ici. La salle est tout le temps pleine, les gens vivent basket. Ils ont tous joué au basket au moins une fois dans leur vie et on le ressent. Ça te donne un supplément d’âme et quand t’as un petit coup de moins bien, il suffit de tourner la tête et tu vois que la salle est pleine alors que c’est un match sans enjeu. Ils sont toujours présents et ça te pousse dans les moments plus compliqués. Du coup, en retour, tu as envie de donner encore plus et oui, ça a sûrement joué sur ma décision de poursuivre l’aventure.

Vous êtes aussi manager des Bleues depuis peu, ça vous plaît ?

J’apprends encore beaucoup car je viens de débuter. Mais c’est hyper intéressant car je me rends compte à quel point il y a plein de choses à mettre en place pour que l’athlète se concentre uniquement sur le terrain. Et puis, c’est l’équipe de France, tu as envie de donner le meilleur que ce soit sur ou en dehors du terrain. Je suis toujours autant investie. Je suis une sorte de couteau suisse qui fait le lien entre les joueuses, le staff et la Fédération. J’essaie aussi de véhiculer mes valeurs.

Avec certaines joueuses, vous êtes un coup leur adversaire, un coup leur manager…

Oui mais on arrive à faire la part des choses. Déjà, quand on est joueuse, parfois on joue contre des amies et c’est encore pire comme situation. Il y a beaucoup de respect entre nous, donc ça se passe super bien.

Quel sera l’objectif lors de la prochaine Coupe du monde en septembre ?

On est en reconstruction. Les qualifications ont été difficiles. Il va falloir du temps à cette équipe pour travailler et retrouver une identité. Il n’y a pas un objectif écrit pour cette Coupe du monde.

Le coaching, ça vous intéresse ?

Pas du tout ! Je pense qu’être entraîneur, c’est une vraie vocation. Ce n’est pas parce qu’on a été une joueuse et même une bonne joueuse, qu’on peut coacher. C’est un autre métier. J’ai des choses à transmettre mais je ne suis pas sûre d’avoir les capacités pour « driver » une équipe. Après, on ne sait jamais mais à l’instant T, je n’ai pas le désir de coacher. Je me vois plus comme dirigeante à l’avenir.

Même si ce n’est pas encore fini, quel regard portez-vous sur votre carrière ?

Tout a dépassé mes espérances. Je n’aurais jamais pensé avoir cette carrière. Quand je commence le basket, c’est juste pour aller jouer avec les copines et me dépenser. Et au final, j’ai pris un plaisir immense tout au long de ma carrière et en plus, j’ai gagné des titres. Ce sont des cerises sur le gâteau. Bon, je vous l’accorde, j’ai eu pas mal de cerises (rires). Une fois encore, je retiens les émotions vécues lors de ce parcours. Et aujourd’hui, je ne cours pas après un énième titre mais après des émotions, c’est ce qui me fait avancer.

Est-ce que vous vous rendez compte de ce que vous avez apporté à votre sport ?

Je pense que les Jeux de Londres ont été un vrai déclic. On est passées dans une autre sphère avec notre médaille d’argent. Le basket a pris de l’importance au niveau médiatique. Je rappelle souvent qu’avant, on avait déjà des résultats mais on ne les voyait pas. A partir de 2012, on n’est pas devenues des héroïnes mais des athlètes de très haut niveau comme d’autres. On a eu peur que ce ne soit qu’un soufflé mais on a surfé sur la vague avec nos résultats. C’est comme ça qu’on continuera à parler de notre sport.