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Comment Al-Khelaïfi assume son nouveau statut de boss du foot européen

Ligue des champions : Comment Nasser Al-Khelaïfi assume son nouveau statut de boss du foot européen

FOOTBALLLe président du PSG dirige également depuis près d'un an la puissante Association européenne des clubs. Un fauteuil confortable obtenu au prix d'un mépris non dissimulé pour la Super Ligue de Florentino Pérez et Andrea Agnelli
William Pereira, avec Aymeric Le Gall

William Pereira, avec Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • Nasser Al-Khelaïfi a pris du poids dans les instances depuis qu’il a contribué à mettre en échec le projet de Superligue l’an passé.
  • Nouveau boss de l’ECA, le président du PSG continue de capitaliser sur cette prise de position sans pour autant remettre en cause les principes d’une compétition toujours moins accessible.

L’heure de l’anniversaire approche. Dans deux semaines, Nasser Al-Khelaïfi fêtera sa première année à la tête de l’ECA, l’Association européenne des clubs. L’histoire ne dit pas s’il a prévu d’organiser une grosse bringue pour célébrer le jour où il a fait tomber la tête d’Andrea Agnelli et condamné la Super Ligue au purgatoire. C’est que le boss du Paris Saint-Germain est d’humeur festive, ces temps-ci. Prenez sa dernière idée pour donner un coup de jeune à la C1, soumise à The Athletic : « une cérémonie d'ouverture de la Ligue des champions, avec un match lors de la soirée d'ouverture où les vainqueurs affrontent une grande équipe », un peu à l’image du Superbowl, qu’il entend concurrencer.

Une suggestion comme une autre dans la droite lignée de ce qu’est la gouvernance Al-Khelaïfi depuis un an. « Il donne facilement son opinion, sans utiliser trop de mots ni faire de détours pour expliquer ce qu'il aime ou n'aime pas, nous dit Daniel Rommedahl, directeur du football au FC Copenhague et membre du board de l’ECA. Il sait où il veut aller en tant que président. » Du peu qu’on en sait, cette idée de cérémonie n’a pas vraiment encore été débattue, mais il n’y a pas non plus de raison pour qu’elle ne le soit pas. Sans verser dans le récit manichéen, le CEO des Young Boys de Berne, Wanja Greuel nous vend une « manière de travailler et tout un process transparents ».

« « Il y a une bonne collaboration, abonde Rommedahl. L’atmosphère est plus détendue qu’il y a un an, à l’ECA. Avec un dialogue plus franc et inclusif. Nous, les moyens et petits clubs, on se sent un peu plus au même niveau que les grands clubs. » »

Opposant sincère ou opportuniste à la Super Ligue ?

Un statut de grand seigneur que lui attribuent également les dirigeants du foot français dans le cadre de l’accord entre la LFP et CVC Partners, pour la création, à l’intersaison, d’une filiale commerciale dont la société luxembourgeoise détiendra 13 % contre 1,5 milliard d’euros. A l'heure de couper le gâteau, le PSG était en droit d'en réclamer la plus grosse part, à hauteur de 350 millions d'euros : il s'est finalement assis sur 150 millions d’euros pour assurer une meilleure répartition des richesses.

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Pour une source en coulisses – pas très fan de NAK - il s’agit dans un cas comme l’autre d’un écran de fumée. Une affaire de posture opportuniste, dont la première serait justement celle de fossoyeur de la Super Ligue au nom de la justice sportive. « Nasser a fait un troc, il a échangé le contournement extrêmement significatif du fair-play financier, qui l’embêtait beaucoup depuis qu’il a recruté Neymar et Mbappé contre son opposition ferme au projet de Superligue. »

Mieux encore. Dans la version actualisée du fair-play financier validée par l'ECA, le « salary cap » limitera les dépenses des clubs, en salaires notamment, à 70 % de leurs revenus dans sa version aboutie en 2025. Les années précédentes répondront à une période d’adaptation qui collent étonnamment à l’agenda du PSG, puisque les clubs pourront aller jusqu'à 90 % en 2023 et 80 % en 2024. Deux ans, c’est aussi la durée du nouveau contrat que proposerait le club à Kylian Mbappé.

« « C'est tout à fait normal que [Nasser Al-Khelaïfi] amène les intérêts du PSG dans la discussion, tempère Greuel. Tout comme il est normal qu'Oliver Kahn évoque les intérêts du Bayern Munich dans les discussions. Mais au fond je suis sûr à 100% qu'il est impliqué contre la Super Ligue. » »

De l’avis du camp des sceptiques, il y a forcément un loup et cette conviction que, le temps venu, NAK retournera sa veste pour achever les brebis avec ses homologues du Real, du Barça et de la Juve. Mais la récente saillie du patron de l’ECA dans une interview à la BBC laisse entendre que cet hypothétique plot-twist n’est pas dans les tuyaux. Avec un point Godwin 2.0 en cours de route, quitte à en faire des caisses, autant le faire à fond. « Avec l’ESL ou la non-ESL - je déteste dire Super Ligue - il est question de trois clubs. Ils savent qu'il n'y a aucune chance. Les gens meurent en Ukraine et n'ont nulle part où dormir, et nous nous battons pour la Super Ligue ? »

Nasser montre les muscles devant Florentino

Symbolique : le président de l’UEFA, Aleksander Ceferin, portait déjà le même jugement moral, début mars, alors que les frondeurs pointaient à nouveau le bout de leur nez. L’alliance s’étend jusqu’aux finances puisque The Times révélait au mois de février l’existence de négociations menées dans son coin par Al-Khelaïfi avec l’UEFA et deux entreprises privées concernant la commercialisation des droits européens de la Ligue des Champions autour des 15 milliards d'euros pour la période 2024-2027. Des discussions en solo auxquelles le board de l’ECA ne participe pas, nous avons pu en avoir confirmation. Mais ses membres attendent le président au tournant. « On espère qu'on sera présents dans les discussions pour parler redistribution [des droits TV] le temps venu », glisse Wanja Greuel

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Fort de son amitié de circonstances avec Ceferin, NAK n’hésite plus à se lâcher en privé. En témoigne son accès de colère contre les arbitres du 8e de finale retour de Paris au Bernabeu. L'attitude déplacée ne passe pas, en Espagne, où des éditorialistes se sont empressés de dénoncer un abus de pouvoir, craignant une certaine complaisance de l'UEFA dans son enquête. Un mois après les faits, Nasser et Leonardo ne sont toujours pas passés devant la commission de discipline de l'instance européenne. Ils n'ont finalement pas été convoqués le 29 mars, comme c'était pourtant prévu, et aucune nouvelle date n'a été fixée par l'UEFA.

En public, Al-Khelaïfi bombe le torse. A la BBC, il raconte ce moment où, lors du dernier Real-PSG, « il a été très dur » avec le père de la Super Ligue, Florentino Pérez, pourtant désireux de renouer le dialogue.

« « Je veux jouer ces matchs, les grands matchs, bien sûr que je le veux. Je sais ce que veut le public. Mais nous ne pouvons pas dire "vous êtes un petit club, vous êtes exclu". Il faut que ce soit un système ouvert. » »

Al-Khelaïfi en petit frère des pauvres, il y a de quoi faire sourire un interlocuteur régulier du Parisien. « Je sais bien qu’on est en période de campagne électorale et que tout est permis en termes de démagogie mais bon… Bientôt il va défendre le football des territoires. Arrêtons. C’est une erreur de com’, personne n’y croit et tout le monde rigole. »

Les petits clubs de l'ECA se sentent en sécurité

Pas les dirigeants de clubs européens de second rang. Daniel Rommedahl : « Je me sens "secure" par rapport à la Super Ligue parce qu'il y a une très forte opposition au projet. La prise de position du PSG et du Bayern Munich à l'époque ont été très importante et ont eu un impact sur la suite. Il y a cette sensation qu'ils travaillent sur un modèle qui est meilleur que celui de la super league. »

Sur ce dernier point, il y a débat. Parmi les réformes soutenues par Nasser, celle de la nouvelle Ligue des champions, horizon 2024, est loin du modèle communiste que le président parisien vend dans ses interviews. Si on s’y plonge, elle est même très proche de cette Super Ligue qu'il combat ardemment (on pense notamment à la phase de poules à 36 équipes et les deux places accordées aux clubs à forts coefficients). « La plus grosse erreur qui a été commise, c’est surtout quand plus de places ont été accordées aux gros clubs en Champions League il y a quelques années », minimise le dirigeant des Young Boys. Après un an de présidence Al-Khelaïfi, l’heure n’est donc pas encore aux reproches à la table des clubs européens. L'immunité des grands vainqueurs.