Grange s'impose parmi les grands

SKI Avant le géant d'Adelboden, samedi, le Français occupe la tête du général de la Coupe du monde...

Romain Scotto

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Le Français Jean-Baptiste Grange, vainqueur de trois des six slaloms de Coupe du monde disputés cette saison, défie Benjamin Raich mardi soir à Schladming, sur la piste fétiche de l'Autrichien.
Le Français Jean-Baptiste Grange, vainqueur de trois des six slaloms de Coupe du monde disputés cette saison, défie Benjamin Raich mardi soir à Schladming, sur la piste fétiche de l'Autrichien. — Samuel Kubani AFP/Archives
Dans l’aire d’arrivée du slalom de Zagreb, mardi soir, ses principaux rivaux se sont précipités pour le féliciter. Ivica Kostelic, Giuliano Razzoli et Manfred Moelgg, ravis d’étreindre le vainqueur du jour et de poser à ses côtés. Ravis aussi de saluer le meilleur slalomeur au monde, l'homme fort de l’équipe de France masculine et depuis ce slalom nocturne, le leader du classement général de la Coupe du monde. Avant le géant d’Adelboden, samedi, il attaque de la meilleure des manières un mois décisif au cours duquel il n’a pas le temps de chômer avec six courses à enchaîner. Et autant de podium à gravir.

A seulement 24 ans, Jean-Baptiste Grange renvoie le ski français onze ans en arrière, lorsque Luc Alphand ne sillonnait pas encore les pistes du Dakar et préparait sa victoire du plus gros globe de cristal. Le skieur de Valloire a beau jurer qu’il ne se focalise pas sur ce classement. Mais comment ne pas voir les choses en grand quand on s'impose, à mi-saison, comme la référence du cirque blanc? «On peut tout imaginer, mais c’est encore prématuré, juge Yves Dimier, le DTN français. Et de toute façon, cette année, Jean-Baptiste a d’autres objectifs. Notamment le classement du slalom et les championnats du monde

Un champion prédestiné

Même s’il zigzague entre les piquets comme un as, le nouveau chef de file des Bleus a suivi une trajectoire toute rectiligne. Depuis ses débuts sur des skis, dans la vallée de la Maurienne, J-B a enfoncé tous les portillons en s’appuyant sur les deux piliers de sa réussite. Son mental et sa technique.

«Depuis tout petit, il est très déterminé, continue Yves Dimier. Quand il avait 11-12 ans, il avait mal au dos et il se soignait comme un pro. Les séances de kiné, les abdominaux, les étirements et tout ça…» David Chastan, le chef de groupe technique en équipe de France, se souvient lui d’un «bon skieur, mais pas le meilleur de sa génération. Des jeunes comme Steve Missillier étaient devant lui. Jean-Baptiste a su ensuite franchir un cap, grâce à son mental et sa capacité à supporter la pression.»

Une sieste entre deux manches

Dans ce domaine, le Français est même un peu à part. Rares sont les skieurs capables de s’endormir entre deux manches et d’accueillir ce succès naissant avec un tel détachement. Le Français n’est pas non plus du genre à se désunir sur la piste. Lors de ses cinq victoires en slalom de Coupe du Monde, Grange a toujours réalisé le meilleur temps en première manche.

«Quand il skie bien et qu’il est en confiance, rien ne peut lui arriver, analyse Sébastien Amiez, vice-champion olympique de la discipline en 2002. Il dégage une telle force… Et puis, il sait prendre des risques, s’engager au maximum et pousser le matériel dans ses limites.»

Mardi soir, devant 20.000 spectateurs acquis à la cause d’Ivica Kostelic, Grange a même bluffé l’encadrement des Bleus, à l’image de David Chastan: «Il a résisté comme un grand. En développant un excellent ski. Tout en toucher. Il trace son pilotage avec une grande souplesse. Il ne se durcit pas. Il est très juste au niveau de ses trajectoires. C’est un grand technicien. Un très grand skieur.» Peut-être celui que la France attend depuis longtemps.