Gérard Dine: «On détecte moins de 10% des dopés à l'EPO»
DOPAGE•Hématologue et spécialiste du dopage, il livre, sur 20minutes.fr, tous les secrets de l'EPO...Propos recueillis par Romain Scotto
Après Manuel Beltran (Liquigas), Moises Duenas (Barloworld) est le deuxième coureur contrôlé positif à l’EPO (ou érythropoïétine) depuis le départ du Tour de France. Dix ans après l’affaire Festina, les pratiques dopantes n’ont donc pas vraiment changé dans le peloton. Gérard Dine, professeur de biotechnologies à l’école Centrale de Paris et hématologue au CHU de Troyes décrypte pour 20minutes.fr tous les secrets de ce produit.
En 2008, vu les progrès de la lutte antidopage, Beltran et Duenas n’ont pas été très malins en se dopant à l’EPO…
Pas tant que ça quand on sait que moins de 10% des dopés à ce produit sont contrôlés positifs. Avec les contrôles, on met une pression sur les tricheurs, mais on ne garantit pas qu’ils soient tous attrapés. Aujourd’hui, il y a plusieurs molécules d’EPO sur le marché noir et on ne les détecte pas toutes. On trouve des EPO standard, comme en utilisent les insuffisants rénaux et des EPO «high-tech», indétectables. Mais il faut savoir, que même en utilisant les vieilles molécules, on peut mettre en échec les tests antidopage. Il faut savoir optimiser les dosages.
Les tests ont donc plus un effet dissuasif?
Bien sûr. Le test urinaire qui est toujours appliqué n’est pas d’une grande fiabilité. Il marque un progrès, car lorsque l’EPO est arrivée sur le marché, elle était indétectable. Maintenant, on parvient à repérer certaines molécules, mais pas toutes. On se félicite lorsqu’un coureur est contrôlé positif, mais le vrai problème, ce sont tous ceux qui ne sont pas contrôlés.
Quelle est l’alternative?
C’est le passeport biologique. En imposant un suivi sanguin aux coureurs, sur la durée, on peut facilement remarquer les anomalies qui portent sur leurs paramètres. Quand on repère les coureurs suspects, on peut alors les contrôler. C’est ce qui s’est passé avec Duenas. Avec le passeport biologique, Lance Armstrong n’aurait jamais gagné sept Tours de France.
Concrètement à quoi sert l’EPO?
Dans l’organisme, elle augmente le taux de globules rouges dans le sang. C’est un produit qui n’est pas issu d’une fabrication chimique mais biologique. Cela signifie qu’il est produit par notre propre organisme. Et en ajouter peut entraîner des problèmes de coagulation. Mais aussi de toxicité. Car pour que l’EPO agisse, les coureurs doivent aussi ingérer du fer en grande quantité.
Combien coûte une cure?
Pour une dose standard d’EPO, sur le marché noir, il faut compter entre 100 et 300 euros. Mais on trouve aussi des molécules beaucoup plus chères, indétectables au test urinaire. Une cure efficace, c’est entre 5.000 et 20.000 euros. Là, c’est carrément des produits «high-tech». La différence de prix, on la retrouve aussi dans le classement général du Tour. Entre les 30 premiers et ceux qui tournent autour de la 150e place...



















