Turquie: En exil politique en Californie, Hakan Sükür refait sa vie en vendant du café et claquant des pions

FOOTBALL L’ancienne légende du football turc a été contrainte de quitter la Turquie sur fond de chasse aux opposants d’Erdogan…

W.P.

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Hakan Sukur, du temps de sa splendeur
Hakan Sukur, du temps de sa splendeur — MUSTAFA OZER / AFP

« J’aurais pu avoir une belle vie et devenir ministre si j’avais joué le jeu. […] Mais maintenant je vends du café. » Cette phrase d'Hakan Sükür au New York Times résume à peu près la nouvelle vie du buteur le plus rapide de l’histoire de la Coupe du monde (en 2002, contre la Corée du Sud​). L’ex-membre du parti de Recep Tayyip Erdogan (AKP) et député turc refait sa vie à Palo Alto, en Californie, où il est en exil politique et tient un café.

Soutien de Fetullah Gülen, principal opposant au pouvoir, lui aussi exilé aux Etats-Unis - en Pennsylvanie -, Sükür est visé depuis 2016 par un mandat d’arrêt dans son pays, où il est accusé « d’être membre d’un groupe terroriste armé » depuis la tentative de coup d’Etat la même année. Ses demeures y ont été saisies et son compte en banque gelé.

11 buts marqués sur 15 en un match

Le légendaire attaquant aurait donc pu mener une autre vie. Il aurait pu ne pas se dresser contre Erdogan, dont il ne partage pas les opinions. Mais en se taisant, il aurait perdu « tout respect pour moi-même ». Le choix de la fierté a mené Sükür dans un café-boulangerie californien et sur les terrains synthétiques de la région. Le mercredi soir, non loin du QG de Google, il dégoûte les défenses locales, comme ce jour où le Turc a planté onze des 15 pions de son équipe.

Anonymat et nouvelle culture

Hakan Sükür se serait bien passé de cette nouvelle vie qui s’impose à lui, mais y voit quand même des avantages. L’anonymat, par exemple. Ou l’accès à une autre culture. « Je voulais que mes enfants soient libres, qu’ils voient des choses différentes et apprennent d’autres cultures. En Turquie, ils auraient été traités différemment », se rassure-t-il, dans un anglais en net progrès mais encore perfectible, périphrase optimiste à l’appui : « je crois qu’un jour la lumière reviendra. L’obscurité ne dure pas pour toujours. »