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«Mardi il a montré qu'il savait tout faire»... Yapi-Yapo évoque Salah

Nouveau Messi:«Contre la Roma, Mohamed Salah a montré qu'il savait tout faire»

INTERVIEWL'ancien nantais Gilles Yapi-Yapo a connu Mohamed Salah au FC Bâle...
William Pereira

Propos recueillis par William Pereira

L'essentiel

  • Mohamed Salah a marqué deux buts et deux passes décisives contre la Roma en Ligue des champions
  • Il est donc beaucoup trop fort
  • Gilles Yapi-Yapo, qui l’a côtoyé à Bâle, revient sur l’étonnante progression de l’Egyptien

Confession du jour. Mohamed Salah nous a tellement éblouis mardi soir contre la Roma, en Ligue des champions, qu’on a du mal à tourner la page. Inéluctablement, quand un homme étale sa classe de la sorte en demi-finale de la plus grande compétition de clubs du monde, on a envie d’en savoir plus sur lui. De comprendre sa progression, de savoir comment il en est arrivé là, à ce statut de potentiel sauveur du monde contre la bipolarité Messi-Ronaldo qui hante le football depuis dix ans.

Et qui mieux pour répondre à ces questions qu’un ancien coéquipier de l’Egyptien, en l’occurrence Gilles Yapi-Yapo qui l’a connu au FC Bâle, quand Salah n’avait que 19 ans.

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Qu’as-tu pensé du match de Salah contre la Roma ? On a l’impression qu’il a encore franchi un cap sur ces 75 minutes.

Comme tout le monde je l’ai trouvé impressionnant. La manière dont il a évolué dans sa carrière en général et sur cette saison, c’est impressionnant. Mais bon, dans le sport c’est à double tranchant : soit il passait à côté de son match et on disait qu’il n’était pas prêt pour les grands rendez-vous, soit il réussit, il explose aux yeux du monde et c’est le meilleur. Moi je reste tempéré. Je pense que c’est dans la continuité de sa saison. Il progresse dans cette logique-là.

Tu l’as connu au FC Bâle, quand il avait 19 ans. Qu’est-ce qui a changé entre cette époque et aujourd’hui ?

J’en parlais ce matin avec un coéquipier. Là où il a vraiment progressé, c’est la finition et l’assurance, le calme qu’il peut dégager sur un terrain. L’explosivité, la technique, il l’avait déjà. Il pouvait déjà se procurer cinq, six occasions mais marquait seulement un but. A mon avis ses entraîneurs à Chelsea, à Rome ont dû lui expliquer que pour franchir un cap, il devait marquer des buts. Quand tu arrives à en mettre 43, tu accèdes à une certaine reconnaissance. Firmino et Mané jouent aussi très bien, mais ils marquent moins et donc on parle plus de Salah.

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Tu gardes quoi de tes duels à l’entraînement avec lui ? C’est quoi le plus dur quand on affronte Salah ?

Dans les courses et les changements de direction, c’est infernal. Il court dans une direction et la seconde d’après il est déjà reparti dans l’autre sens et tu l’as perdu de vue. Il est hyper intelligent dans sa communication avec ses coéquipiers. Sur le quatrième but, celui de Firmino, on voit un peu tout ça. Il déstabilise le défenseur en un contre un avec deux feintes de corps et sert ensuite Firmino. En fait il faudrait faire une prise à deux défenseurs, un qui soit dur lui et l’autre un peu plus à l’arrière pour couvrir l’espace au cas où il passerait. Mais le problème c’est que ça libérerait des espaces pour les autres. Imaginez quand même… La Roma qui le connaît, n’a pas réussi à trouver la solution pour le bloquer. Ça prouve à quel point il est imprévisible.

« « Il a besoin de se sentir aimé et là, à Liverpool avec Klopp et le public qui lui consacre une chanson, il est au bon endroit. » »

A Liverpool et en Egypte, il exprime son collectif dans des équipes qui procèdent surtout par attaques directes. A ton avis, il serait aussi performant dans une formation privilégiant la possession ?

Aujourd’hui, pour exprimer ses qualités de percussion, d’explosivité il doit évoluer dans une équipe comme à Liverpool où il peut partir de derrière avec de l’espace, de l’élan. Il est pas tout à fait comme Messi même s’il est aussi capable de faire la différence dans les petits espaces. En fait, il est complet, hier il a montré qu’il savait tout faire. Sa seule lacune, c’est peut-être son jeu de tête où il n’est pas capable de briller comme un Cristiano Ronaldo​.

On connaît le joueur, moins l’homme. Qui est Mohamed Salah en dehors du terrain ?

C’est quelqu’un de calme, très attaché à sa religion. Il est très souriant, très attachant mais peu bavard. Il faut lui tirer les mots de la bouche. Il peut quand même avoir ses moments où il est plus impulsif. Je me souviens d’une période un peu difficile à Bâle où il se sentait incompris, il ne se sentait pas désiré. Il pouvait sortir un peu de lui-même, jeter son maillot à l’entraînement pour signifier qu’il en avait marre. Il a besoin de se sentir aimé et là, à Liverpool avec Klopp et le public qui lui consacre une chanson, il est au bon endroit. Ça doit le tirer vers le haut.

On le verra donc jamais être un leader à la CR7 et lever la voix dans les moments compliqués ?

Leader, ça se fait au fil des années, avec le temps. Il est arrivé à Liverpool avec un statut de joueur star parce qu’une grosse somme d’argent a été investie sur lui et maintenant en plus de ce statut il a gagné le respect des gens en Angleterre. Mais il restera toujours discret dans le vestiaire. Verbalement, ce n’est pas un leader. Il sera toujours leader sur le terrain par contre. Il fera toujours les courses, les appels de balle il sera toujours là pour demander le ballon, il ne se cachera pas. C’est sa manière d’être un leader.