VIDEO. JO 2018: Une «force» en eux ou la peur de la chute? La mort de David Poisson hante-t-elle les Français?

SKI ALPIN Les descendeurs Français s'élancent ce dimanche, trois mois quasiment jour pour jour après la mort de leur coéquipier David Poisson, lors d'un entraînement...

Jean Saint-Marc

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Les Français (ici Théaux) vont tenter de créer la surprise sur la descente.
Les Français (ici Théaux) vont tenter de créer la surprise sur la descente. — J. Soriano / AFP
  • Selon la psychologue qui les accompagne, les descendeurs Français sont encore «marqués» par la mort de leur coéquipier David Poisson, en novembre dernier. 
  • Ils sont très loin d'être favoris sur l'épreuve des Jeux, ce dimanche (3h), mais rendront hommage, même discrètement, à leur ancien partenaire d'entraînement. 

De l’un de nos envoyés spéciaux à Pyeongchang,

On s’attendait à une pelletée de déclas un peu bateau, à la conf' de présentation de l’équipe du ski alpin. Du genre « on va le faire pour Kaillou », « je vais aller chercher la médaille pour David ! » Hé bien loupé. Ce n’est pas ainsi qu’ils se motivent, ou en tout cas pas devant les micros. De toute façon, à la différence d’une Worley ou d’un Pinturault, les descendeurs Français débarquent sur la piste de Jeongseon sans pression, avec des statuts d’outsiders (Théaux et Roger) voire sans statut du tout (Giezendanner et Clarey).

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« Evidemment » marqués

« Nous avons tous David dans notre cœur, ils auront cette force le jour de la course… Mais ils doivent avant tout courir pour eux », détaille Xavier Fournier, responsable du groupe vitesse. Une « force » ou une faille ? « Il me semble évident que cette saison est et restera marquée par le traumatisme, pour l’ensemble de cette équipe », confie à 20 Minutes la psychologue Marie Jaccaz, qui, avec une autre thérapeute, a accompagné l’équipe de descente dans les premiers jours qui ont suivi la mort de David Poisson.

« L’enjeu, c’était d’agir rapidement, pour éviter que ne se développe un syndrome de stress post-traumatique, très handicapant pour le patient, précise-t-elle. La prise en charge s’est faite en groupe, car le drame vécu était partagé par tous. C’est uniquement dans un second temps que les prises en charge s’individualisent en fonction des besoins. »

Tout s’est toutefois enchaîné très vite - un second « débriefing » par les psychologues, initialement programmé après Lake Louise, a même été annulé, a-t-on appris. Un planning surchargé qui ne les a pas forcément aidé à « passer à autre chose », selon la (terrible) formule consacrée. Marie Jaccaz :

Chacun travaille sur ce deuil si particulier à son rythme et selon qui il est. Mais ce sont des grands professionnels, face à une échéance olympique préparée depuis quatre ans. Ils savent gérer. Mais on ne peut pas séparer vie personnelle et vie professionnelle !

De là à dire que la mort de David Poisson explique le début de saison un peu décevant de l’alpin français, il n’y a qu’un pas, que Marie Jaccaz ne franchira pas. « Il y a aussi eu des podiums, de belles performances, c’est signe qu’ils ont su se transcender ! »

«Verrou psychologique»

Johan Clarey, lui, le dit franchement, à nos confrères de L’Equipe : « En Amerique du Nord, juste après le drame, ça allait en compétition, je n’avais pas eu le temps de digérer. Une fois rentré en Europe, j’ai eu comme un verrou psychologique au départ des courses. »

Il ne développera pas : les Français sont évidemment pudiques sur le sujet. Leurs hommages restent d’ailleurs assez discrets : un autocollant avec un DP stylisé en poisson sur le casque d’Adrien Théaux, par exemple. Ou le petit hashtag #dpforever qui accompagne systématiquement leurs posts sur les réseaux sociaux.

La mort sur les skis, vrai tabou mais vraie question

Revenons-en à cette histoire de « verrou psychologique », comme le dit Johan Clarey. Est-ce la peur de la chute ? Non, répond sèchement Blaise Giezendanner : « On sait qu’on pratique un sport risqué, on accepte de se casser un genou, on accepte de finir dans les filets. Mais à aucun moment, on ne se dit, "Ce matin, je vais peut-être mourir." »

Pourtant, ça arrive. Deux fois, même, cette année : David Poisson, puis, un mois plus tard, le jeune Allemand Max Burkhart. Les premiers décès depuis 2001. De quoi gamberger.

Mais la mort sur les skis reste un tabou sur le circuit. Surtout à Jeongseon, le site olympique. Comment parler de trouille quand tous les skieurs martèlent que la piste est « facile » ? Kjetil Jansrud a tout de même osé confier ses doutes à l'AFP. Le Norvégien a 32 ans, compte 20 victoires en Coupe du Monde et a glané à Sotchi l’or en Super-G et le bronze en descente. C'est un des favoris à Pyeongchang, pas vraiment un perdreau de l’année paniqué. Mais tout de même :

On sait que l’on peut se blesser, c’est vrai. Mais la mort [de David], c’est difficile à accepter. J’ai essayé de ne pas trop y penser car cela peut amener de la peur, ça peut vous mettre sur les nerfs… J’essaye de mettre ça de côté pour ne pas faire d’erreur moi-même.

Ça aussi, ça nous a étonnés : on ne pensait pas que ce serait un Norvégien qui dirait le mieux ce que ressentent nos Français.