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«Le jeune Mohamed Ali ne serait pas resté silencieux»

«Le jeune Mohamed Ali ne serait pas resté silencieux»

JOLe biographe de Mohamed Ali réagit aux questions liées au boycott des Jeux olympiques de Pékin...
Julien Debove

Julien Debove

L’écrivain américain Dave Zirin est l’auteur de plusieurs livres sur l’engagement politique des sportifs dont «The Muhammad Ali Handbook», l’une des plus récentes biographies du boxeur Mohamed Ali, un athlète qui, justement, a à la fois gagné une médaille d’or olympique (en 1960 à Rome) et appelé au boycott d’autres Jeux (en 1968 à Mexico ou en 1980 à Moscou par exemple).


Le président du Comité olympique européen, Patrick Hickey, a récemment déclaré que «les boycotts n’avaient jamais fonctionné» et que «les seules personnes qui sont punies par les boycotts sont les athlètes», qu’en pensez-vous?


Je pense qu’il y a deux choses à bien distinguer. Historiquement, il y a deux types de boycotts: ceux qui viennent d’en haut et ceux qui viennent d’en bas. Par boycott qui vient d’en haut, j’entends ceux qui ont été décidés par des gouvernements, tels que le boycott américain des JO de Moscou en 1980 ou le boycott soviétique des JO de Los Angeles en 1984. Ceux-là se sont révélés tout simplement inefficaces d’un point de vue politique. Ils étaient le produit de rivalités idéologiques et se sont révélés totalement sans intérêt.


Les boycotts d’en bas, c’est une toute autre histoire. Je pense aux appels au boycott lancés par des sportifs afro-américains dans les années 70, au moment des JO de Montréal, pour protester contre les régimes d’apartheid en Rhodésie et en Afrique du Sud [NDLR: 25 pays africains avaient demandé l’exclusion de la délégation néo-zélandaise au motif que la Nouvelle-Zélande avait légitimé le régime sud-africain en tolérant une tournée de l’équipe nationale de rugby en Afrique du Sud]. Ces appels au boycott ont connu une énorme popularité. Ils ont alors permis de développer la prise de conscience internationale sur ces questions et montré toute l’hypocrisie d’une charte olympique qui parle de fraternité et de toutes ces grandes vertus liées au sport.


Le jeune Mohammed Ali aurait-il boycotté les JO de Pékin?


Le jeune Ali était avant toute chose un showman. Il se serait sans doute comporté à la manière d’un John Carlos [NDLR: le médaillé de bronze au poing ganté du 200m des JO de Mexico]. En même temps, Ali avait appelé en faveur du boycott des Jeux olympiques de 1968 à Mexico [déjà à l’époque pour exclure les régimes d’apartheid de Rhodésie et d’Afrique du Sud]. Dans tous les cas, Ali ne serait pas resté silencieux…


Quelle est la meilleure solution pour un athlète pour faire passer un message politique? Boycotter ou s’exprimer en participant?


Bonne question. Je pencherais plutôt pour la seconde proposition. Faire un geste symbolique a souvent plus de signification que de ne pas participer du tout. Dans notre société de médias, un tel geste sera relayé, vu et encore revu, à la télévision et sur Internet et pourra avoir un impact autrement important.