Tour de France 2017: «Ne courez pas à côté des coureurs» est-il ENFIN entré dans la tête des spectateurs?

CYCLISME Mais où sont donc passés les trolls de la route?...

B.V.

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Fabio Aru et des supporters sur la route du Tour
Fabio Aru et des supporters sur la route du Tour — AFP

Bon il est passé où, le débilou avec son sanglier empaillé ?  Et celui avec son maillot de Borat ? Et celle qui prend son selfie dos au peloton ? On ne va pas trop s’avancer, car les routes étroites des monts pyrénéens prévus pour cette fin de semaine sont en général le grand test, mais vu de derrière là télé, on a l’impression que le grand n’importe quoi des spectateurs sur le Tour de France, c’est fini. On a vaguement aperçu un ahuri traverser au moment d’une attaque de Fabio Aru et un parapluie se faire la malle au milieu du peloton, mais rien qui nous vaille de beugler l ’inusable « NE COUREZ PAS A COTE DES COUREURS ».

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A croire qu’à force de l’entendre à longueur d’étapes et de spots de pub, ça a fini par s’imprimer dans le cerveau de nos concitoyens. « Si je dis ça aujourd’hui et qu’il arrive un truc vendredi, j’aurai l’air malin, mais j’ai le même ressenti que vous, concède Pierre-Yves Thouault, directeur adjoint du Tour. On fait beaucoup de communication à travers les réseaux sociaux, à travers la presse régionale, à travers les petits clips à la télévision. C’est la technique des petits pains et sans doute est-elle en train de payer ses fruits. »

Pour vérifier, on a lancé un appel à la populace parmi les fans des bords de route de ce début de Tour. On a péché Clément, 32 ans, habitué des courses cyclistes et présent au passage de la Planche des Belles Filles et au Mont du Chat. Il confirme : « Je pense que les gens commencent à imprimer. Il y a toujours besoin que les gendarmes fassent comprendre aux gens qu’ils sont trop sur la route, notamment dans le Mont du Chat, où la route est petite et qu'il faut s’écarter des coureurs. Tout ça commence à être bien assimilé : j’ai vu plein de parents tenir leurs gamins ou leur ordonner de rester sur le côté et de faire attention. »

Pierre-Yves Thouault assure aussi avoir été témoin d’un geste batmanesque, « des spectateurs qui arrêtent d’autres spectateurs en train de courir ». Et quand ce ne sont pas eux qui font la police, bah c’est la police qui la fait. Tous nos témoins ont été impressionnés par le nombre de forces de l’ordre (23.000) sur la route du Tour. Certains sont à motos, d’autres à pied pour réguler la foule, et sont le premier échelon d’un vaste dispositif de sécurité.

On a aussi :

  • Une présence policière dès la veille et des routes bloquées pour empêcher l’accès aux voitures et contrôler le flux de supporters
  • Des barrières dans les deux derniers kilomètres des ascensions
  • En plus, sur certains passages plus étroits (comme sur le Mur de Péguère lors de l’étape du 14 juillet), des sas de 500 mètres pour que les coureurs puissent évoluer de manière plus fluide.

Et qu’en est-il alors des mecs qui jouent au con pour jouer au con ? Non parce qu’on veut bien que ceux qui prennent les coureurs en photo de trop près soient un peu mieux éduqués, mais ceux qui sont juste-là pour passer pour des ânes pendant 3 secondes à la télé, ils ont quand même pas subi une purge ethnique ? Pour en avoir le cœur net, la rédaction a enquêté et retrouvé un homme-bouteille de ketchup qui arpente les routes du Tour depuis le 1er juillet. Et plutôt que d’en sortir les meilleurs passages, on vous offre in extenso notre échange avec Christophe, parce que c’est assez délicieux. Et révélateur aussi.

Las Ketchup n'est pas mort
Las Ketchup n'est pas mort - Instagram

Alors, ça se passe mieux sur le bord des routes ?

Je me suis effectivement dit ça, oui, les gens sont plus responsabilisés. J’ai fait toute la première semaine depuis Düsseldorf, des mecs qui courent, y en a toujours, moi le premier, mais on le fait dans certaines conditions. On parle quand même de coureurs qui arrivent pleine balle, même dans les montées… Tiens par exemple, on va pas courir à côté mais derrière, on prend nos dispositions un peu plus individuellement.

C’est parce qu’il y a une grosse présence policière ?

C’est mon premier passage longue durée sur le Tour, donc je peux difficilement comparer. Mais ce qui me frappe, c’est que les supporters au bord de la route, t’as l’impression qu’ils donnent tout la veille : ils s’installent à un endroit et se mettent des caisses monumentales puis marchent complètement saouls au milieu de la route. Moi, y en a un qui m’a poussé sur 300 mètres alors que je faisais l’ascension de la Planche des Belles Filles en vélo. Du coup, le lendemain, ils sont moins frais et plus calmes.

C’est le message « ne courez pas à côté des coureurs » qui est enfin imprimé dans le cerveau des gens ?

Peut-être, le fait d’avoir dit ça chaque année, on rigole du message, mais il est rentré dans la tête, consciemment ou inconsciemment. Les mecs, ils nous donnent du spectacle on va pas faire les inconscients à côté. Tiens, dans la Planche des Belles Filles, on s’est dit qu’on courrait quand on serait à hauteur du groupe des leaders. Sauf qu’Aru part à ce moment-là, on l’a vu arriver pleine balle on s’est dit « non, on va juste le regarder et crier à côté ».

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Tu as vu des choses dangereuses ?

Le plus dangereux en fait, c’est sur les étapes de plat dans les arrivées au sprint. Des gens derrière des barrières et qui laissent dépasser des appareils photos, par exemple. Greipel s’en est plaint récemment… Les mecs arrivent à une vitesse de dingue, il suffit de les effleurer et c’est l’accident. Sinon, les seuls débordements, c’est quand la caravane passe. Mais ça, c’est autre chose.

Il n’y a plus de vrais « trolls » des routes ?

Il faut pas croire, mais les mecs bourrés que tu croises sur le bord de la route, tu leur parles cyclisme ils savent de quoi ils parlent. Ils peuvent faire les cons, se montrer à la télé, mais il y a la course derrière et le côté sportif, ils le respectent. Et puis il y a désormais un vrai enjeu sportif au Tour, ce n’est plus une domination outrancière, le dopage semble derrière nous, la course devient un peu plus « respectable » et le sportif revient au centre, alors on ne veut pas influer sur le résultat de la course. Et puis tout le monde se souvient de la fille de dos avec son téléphone qui s’était pris Nibali en pleine vitesse. Personne n’a envie de passer pour l’idiot du village à la télé et sur les réseaux sociaux. 

Dixit un mec qui se balade en bouteille de Ketchup.