Euro 2016: Mais comment les grands clubs français ont pu zapper Krychowiak?

FOOTBALL Formé à Bordeaux et passé par Nantes et Reims, le milieu de terrain du FC Séville est devenu un joueur essentiel de la Pologne (qui joue l'Ukraine ce mardi soir)...

David Phelippeau, avec M.N.

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Le milieu de terrain polonais Grzegorz Krychowiak.
Le milieu de terrain polonais Grzegorz Krychowiak. — SIPANY/SIPA

A Nantes,

Son prix actuel ? 30 millions d’euros si on en croit certains médias anglais. La valeur du milieu de terrain polonais Grzegorz Krychowiak (26 ans) n’en finit plus de grimper. Une somme délirante pour un joueur, vendu en 2012 pour 200 000 euros, par son club formateur des Girondins de Bordeaux à Reims. En France, celui qui vient de remporter deux fois de suite (2015 et 2016) la Ligue Europa avec le FC Séville et qui est devenu un élément incontournable la sélection polonaise n’aura finalement jamais eu la reconnaissance qu’il aurait peut-être méritée.

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Bordeaux ne lui a jamais fait confiance

A Bordeaux, club dans lequel il est arrivé à 16 ans, on ne lui fera quasiment jamais confiance. Une manière détournée de dire que l’entraîneur de l’époque Francis Gillot s’est bien planté. « Gillot l'a pourtant eu plusieurs fois sous ses yeux ! », reconnaît, très en colère, Gilles Favard, conseiller sportif, très au fait de ce dossier.

« Quand on est arrivé, le milieu de terrain était assez fourni et lui voulait jouer à tout prix, se défend Alain Bénédet, adjoint de Gillot de 2011 à 2014. Il était allé voir le coach pour lui dire. Francis [Gillot] lui avait répondu d’être patient, que son tour allait venir mais il a préféré partir et jouer ailleurs. Son chemin, il a su se le faire tout seul, c’est un garçon qui avait un gros potentiel mais c’était encore trop tôt pour en faire un titulaire. Je suis sûr que s’il était resté toute la saison avec nous, il aurait eu sa chance et aurait enquillé dans l’équipe. Finalement, ses deux saisons en Ligue 2 [Nantes et Reims] lui ont permis de se construire. »

Signorino le compare à Toulalan

Dans ces deux clubs, Grzegorz Krychowiak a d’ailleurs laissé un excellent souvenir. « Il était exceptionnel au poste de sentinelle, se souvient Franck Signorino, qui a joué avec lui de 2012 à 2014 à Reims. C’était un vrai pare-feu pour la défense. » A Nantes, il est prêté sept mois lors de la saison 2011-2012. « On voyait dans son attitude qu’il aurait un grand avenir, raconte l’ancien Canari Olivier Veigneau. Il bossait beaucoup et avait un volume de jeu incroyable. Le fait qu’il ne soit pas gardé à Bordeaux a sans doute décuplé sa motivation. »

Son abattage sur le terrain est tel qu’on lui prête souvent des lacunes techniques. « Il m’a toujours fait penser à Toulalan, avec qui j’ai joué aussi, poursuit Signorino. Il palliait tellement les failles de ses coéquipiers qu’il en perdait ensuite en lucidité. A Séville, entouré de très bons joueurs, il a moins à pallier les défauts des autres… C’est sans doute pour ça qu’il a pris une grande dimension en Espagne. »

Vraiment si bourrin que ça ?

Laurent Lafourcade, qui s'est entraîné avec Krychowiak, n’a pas oublié ce joueur « monstrueux physiquement ». « Sur le terrain, il était déjà taillé comme maintenant. Il était au-dessus des autres. On l’appelait le bûcheron… » Signorino : « Il avait une technique basique. C’était propre, mais on sentait que son talent n’était pas inné. » Veigneau rigole quand il pense aux « boîtes » que le Polonais était capable de distribuer sur le terrain.

Il se murmure ainsi que lorsqu’Hubert Fournier, alors entraîneur de Reims, a rejoint Lyon, il aurait refusé d’emmener dans ses bagages Krychowiak en raison de ses présumés problèmes techniques. Deux ans plus tard, il vaut combien déjà le Polonais « aux pieds carrés » ?