A 100 jours des JO, c’est toujours le foutoir à Rio

OLYMPISME Il reste pas mal de choses à régler avant le début de la compétition le 5 août...

V.B. avec AFP

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La baie de Guanabara accueillera les épreuves de voile.
La baie de Guanabara accueillera les épreuves de voile. — Marcelo Sayão/Sipa

« Nous avons un cadre stable qui continuera à œuvrer pour réussir les Jeux olympiques. » Vraiment ? C’est en tout cas ce qu’affirme le ministre des Sports brésilien, Ricardo Leyser, à 100 jours de l’événement. Un son de cloche différent nous aurait étonnés. Pourtant, la presse brésilienne et internationale rivalise d’inquiétudes, et pas des moindres, liées à la politique, aux transports, à la pollution ou encore au virus Zika, alors que Rio de Janeiro, qui accueillera les JO du 5 au 21 août, est déjà en ébullition. On fait le point.

On ne sait toujours pas qui inaugurera les JO

Crise politique, scandale de corruption, récession économique, mouvements sociaux : L’orage gronde au Brésil. Et il pourrait s’abattre sur les JO. D’abord parce que c’est traditionnellement le chef de l’Etat hôte qui déclare les Jeux ouverts, comme Elizabeth II à Londres en 2012. Sauf que la présidente brésilienne, Dilma Rousseff, fait l’objet d’une procédure de destitution qui va vraisemblablement déboucher en mai sur sa mise à l’écart du pouvoir pour 180 jours maximum, en attendant un jugement final, au profit de son vice-président, Michel Temer. Qui inaugurera les JO au légendaire stade Maracana, devant des centaines de millions de téléspectateurs ? « Il est difficile de faire ces exercices de prévision de l’avenir, répond le ministre des Sports brésilien Ricardo Leyser. Si je pouvais le prédire, je préférerai prédire les numéros du loto. »

Des milliers de Brésiliens ont appelé à la destitution de leur présidente Dilma Roussef.
Des milliers de Brésiliens ont appelé à la destitution de leur présidente Dilma Roussef. - Andre Penner/AP/Sipa

Des cadences infernales sur les chantiers

Le nombre est « effrayant », selon l’Inspection du travail, qui a lancé un cri d’alarme en début de semaine. Déjà 11 ouvriers sont décédés, depuis 2013, sur les chantiers brésiliens en vue des JO. « C’est l’équivalent d’une équipe de football en morts, a déclaré Elaine Castilho, responsable de l’audit sur les travaux olympiques. Tout vient du manque de planification, sans doute. Et de la course contre la montre au moment de finir. » L’état de plusieurs chantiers, en effet, est jugé « préoccupant » : le vélodrome situé dans le parc olympique de Barra et le site d’hippisme, par exemple. Mais les transports restent « la plus grosse inquiétude ». La nouvelle ligne du métro, entre le quartier touristique d’Ipanema à celui de Barra da Tijuca, qui sera le centre névralgique des Jeux, doit être inaugurée en juillet. Mais elle a souffert de diverses perturbations, notamment liées au financement, et soulève encore le scepticisme général.

L'état du vélodrome dans le Parc olympique de Barra est préoccupant.
L'état du vélodrome dans le Parc olympique de Barra est préoccupant. - Yasuyoshi/AFP

La baie de Guanabara restera archi-polluée

Le président du comité organisateur des Jeux à Rio, Carlos Nuzmann, a bien dû l’admettre : le Brésil navigue « dans les eaux les plus difficiles que le mouvement olympique ait connues ». Au sens propre comme au figuré. Car le défi colossal de dépolluer la baie de Guanabara, où se dérouleront les épreuves de voile, à l’ombre du Pain de sucre, est et restera un échec de l’organisation. En s’y promenant, « il n’est pas rare que le biologiste Mario Moscatelli croise sur son chemin quelques sacs en plastique, des vieux téléviseurs, un sofa… », rapporte un article du Monde. « C’est la grande occasion manquée dans l’héritage des JO », concède le ministre des Sports brésilien.

La baie de Guanabara accueillera les épreuves de voile.
La baie de Guanabara accueillera les épreuves de voile. - Marcelo Sayão/Sipa

La menace Zika plane toujours

L’épidémie du virus, pourtant propagée dans tous les états brésiliens, est « clairement en régression », a annoncé en début de semaine l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Sans vaccin, les autorités encouragent tout de même à venir supporter les Jeux, mais à ne pas tomber malade, rapporte le site de France télé. Elles conseillent aussi de bien vérifier les assurances-rapatriement. « Zika ne nous inquiète pas car, outre tous les efforts pour combattre le moustique, les aires olympiques ont été traitées avec beaucoup d’attention, appuie Ricardo Leyser, le ministre des Sports. Le mois d’août est une période de non-prolifération du moustique, du fait du climat sec. Et on peut prévenir le H1N1 par la vaccination. »

Les aires olympiques ont été traitées contre le virs Zika.
Les aires olympiques ont été traitées contre le virs Zika. - Leo Correa/AP/Sipa

Les exercices de sécurité multipliés

Pour les Jeux, le Brésil prévoit de déployer le plus important dispositif de sécurité de son histoire : plus de 80.000 hommes, rapporte iTélé. Soit le double de Londres en 2012. Au sein de la police militaire à Rio, les exercices et les repérages sont de plus en plus fréquents. L’objectif est de se préparer à une prise d’otage ou à un attentat, alors que n’a jamais été confronté à la menace terroriste. Rio est-elle prête ? « Paris n’y était pas préparé, Bruxelles n’y était pas préparé, quel que soit le niveau de préparation il y a un risque très fort puisque la logique du terrorisme d’aujourd’hui est très cruelle, beaucoup plus compliquée que ce qu’elle était il y a dix ans », repond Ricardo Leyser. De son côté, Amnesty International a tiré la sonnette d’alarme mercredi face à la multiplication des homicides commis par des policiers, qui avaient promis « un grand nettoyage », dans les favelas cariocas.

Les militaires de Rio ont effectué plusieurs exercices sur les sites olympiques.
Les militaires de Rio ont effectué plusieurs exercices sur les sites olympiques. - Antonio Lacerda/Sipa