Johan Cruyff, c'est aussi l'homme qui a construit le Barça

FOOTBALL Le néerlandais est décédé jeudi...

A.M. avec AFP

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Johan Cruyff à Barcelone, en novembre 2014.
Johan Cruyff à Barcelone, en novembre 2014. — Manu Fernandez/AP/SIPA

Icône du jeu, il fut aussi un génie bâtisseur : Johan Cruyff, d’abord comme joueur puis comme entraîneur, est celui qui a « construit la cathédrale » du FC Barcelone, selon une autre idole catalane, Pep Guardiola, qui assure n’avoir fait que « préserver » ensuite l’héritage du Néerlandais décédé jeudi. « Nous t’aimerons toujours, Johan », a vite tweeté le club catalan jeudi, avant de rappeler dans un communiqué ses plus beaux faits d’armes, à commencer par une invraisemblable et mythique talonnade aérienne, le 22 décembre 1973, au Camp Nou contre l’Atletico Madrid (2-1).

C’est bien le moins, car le Néerlandais, « meilleur joueur de tous les temps » selon un autre N.10 de génie, Michel Platini, est sans doute celui qui a le plus contribué à faire du FC Barcelone la superpuissance mondiale du football qu’il est aujourd’hui. « Cruyff a construit une cathédrale. Nous l’avons simplement préservée », a ainsi déclaré Pep Guardiola, entraîneur iconique du club et membre de la « Dream Team » entraînée par Cruyff en Catalogne.

La relation d’amour entre l’icône et le club, fut aussi passionnée qu’ombrageuse avec notamment une joute judiciaire entre Cruyff et l’ancien président Jose Luis Nunez, qui s’accusaient mutuellement de diffamation en avril 1997. N’empêche, impossible pour le Barça de nier l’influence qu’exerce encore Cruyff sur les prestations de l’équipe actuelle. « Aussi bien en tant que joueur et qu’entraîneur, tu as changé l’histoire de ce club », a ainsi constaté Josep Maria Bartomeu, le président du club, jeudi sur Twitter.

Il y a d’abord eu le passé de joueur. A son arrivée à Barcelone en 1973, Cruyff est déjà double Ballon d'or. Recruté pour aider le club à remporter son premier championnat d’Espagne depuis 1960, il répond immédiatement présent : le Barça entraîné alors par un autre ancien de l’Ajax, Rinus Michels, ne perd pas un match que joue le Néerlandais, et est sacré champion en ayant notamment infligé une « manita » (5-0) au Real Madrid.

Mais c’est surtout comme entraîneur que Cruyff, très attentif au respect de l’identité catalane - il fut notamment sélectionneur de l’équipe de Catalogne -, a laissé son empreinte à Barcelone. Parti du club blaugrana en 1978 après avoir remporté une Coupe du Roi, il y revient dix ans plus tard, en 1988, avec un nouveau statut d’entraîneur et l’ambition de régénérer le football total.

Même pour Johan Cruyff, le costume est parfois trop grand.
Même pour Johan Cruyff, le costume est parfois trop grand. - ALONSO/SIPA

Le mouvement perpétuel et la circulation de balle développée alors par les Michael Laudrup, Ronald Koeman, Hristo Stoitchkov et donc Pep Guardiola, ont porté le Barça vers des sommets seulement égalés 20 ans plus tard, sous la houlette de Guardiola, actuel entraîneur du Bayern Munich. « La dream team a pratiqué le meilleur football du monde », avait déclaré Cruyff en 1999. A l’époque, il pouvait pavoiser : « le Barça a cent ans d’histoire et n’a gagné qu’une seule Ligue des Champions », grâce à cette équipe, en 1992.

« L’influence de Cruyff ne se mesure pas qu’en titres »

Depuis, le club catalan s’est bien rattrapé, avec quatre autres sacres continentaux, en 2006, 2009, 2011 et 2015. Mais ce palmarès est bien la preuve que le Barça évolue dans une autre dimension depuis que Cruyff, rebaptisé « El Salvador » (« le sauveur ») par le public catalan, s’est penché sur son berceau.

« L’influence de Cruyff ne se mesure pas qu’en titres, mais à travers beaucoup d’autres choses », avaient disséqué Pep Guardiola en 2011, alors qu’il venait d’égaler le Néerlandais au rang d’entraîneur le plus titré du Barca, en 2011.

Car le jeu alléchant développé aujourd’hui par Luis Enrique grâce à une ligne d’attaque fantastique composée de Neymar, Messi et Suarez, s’inscrit dans la lignée du jeu offensif du Néerlandais. Et montre que la cathédrale barcelonaise, favorite à sa propre succession en Ligue des Champions comme en Liga espagnole, devrait survivre encore longtemps à son génial architecte.