Philippe Saint-André: «Quand tu dois assumer des branlées, tu pèses une tonne»

RUGBY L'ancien sélectionneur du XV de France sort un livre pour faire le bilan de son mandat...

Propos recueillis par Romain Baheux

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Philippe Saint-André le 17 octobre 2015.
Philippe Saint-André le 17 octobre 2015. — GABRIEL BOUYS / AFP

Il restera le sélectionneur qui a pris soixante-deux points dans les dents en quart de finale d’une Coupe du monde. Plus de trois mois après le naufrage face aux All Blacks, Philippe Saint-André donne sa vision du fiasco dans son livre Devoir d’inventaire (Robert Laffont) en librairie jeudi. Pas pour balancer tous azimuts mais pour montrer la difficulté du boulot qui attend Guy Novès, dont les Bleus lancent le Tournoi des six nations samedi contre l’Italie.

Êtes-vous soulagé depuis que vous avez quitté ce poste ?

Sincèrement, non. Quand j’y étais, je me suis battu pour trouver des solutions. Après, tu te sens léger quand tu dois assumer des victoires, mais quand tu dois le faire pour des défaites, notamment des branlées historiques, tu as l’impression de peser une tonne.

Dans votre livre, vous expliquez que vos enfants ont souffert des critiques qui vous ont frappé…

Je comprends la haine et les sifflets après la défaite, car j’étais responsable de cette équipe, mais je veux aussi essayer d’expliquer aux gens qu’il y a le père de famille à côté du sélectionneur, qui doit s’attacher à préserver son cadre et ses proches. C’était ma priorité, c’est pour ça que j’ai voulu me mettre au vert juste après le Mondial.

Ça fait quoi de devoir vivre avec le statut du sélectionneur qui a pris 62-13 contre les All Blacks en Coupe du monde ?

Souvent, on dit que la première et la dernière impression sont les plus importantes et là, la dernière n’a pas été exceptionnelle… Maintenant, je dois vivre avec. J’ai des projets, je crée des stages pour les jeunes et je me suis lancé dans une start-up avec un ami. Quatre ans de sélectionneur, ça te permet aussi de voir avec qui tu peux partir en vacances.

Vous n’avez pas hésité à écrire ce livre ? Vous pouviez prendre de nouvelles critiques…

Au début, j’ai dit à mon éditeur que je n’étais pas très chaud et puis… Quand j’ai annoncé vouloir faire ce livre, on m’a dit « tu es sûr de vouloir repartir dans la gueule du loup ? ». Moi, je trouvais ça bien de pouvoir gérer ma communication. Je ne suis pas le meilleur en conférence de presse, je pense que je le suis plus sur un livre. Je ne voulais pas passer pour un vieux con aigri, car je ne le suis pas. Il y avait tellement de choses qui se disaient que je voulais donner ma version. 

Sélectionneur du XV de France, c’est devenu le poste idéal pour se faire dézinguer en fait ?

A part, si tu gagnes (rires). Tu es la tête de gondole d’une identité, d’une histoire et tout le monde à son avis sur la chose.

Tête de gondole d’une équipe qui a moins de temps de préparation que ses concurrents et dont les joueurs disputent beaucoup de matchs…

Oui… Les deux premières années, je me suis battu énormément pour faire évoluer les choses. Tu arrives avec un enthousiasme de cadet, une détermination incroyable et tu penses pouvoir changer les choses. A part de petites améliorations, je ne suis pas arrivé à organiser l’équipe nationale comme j’aurais voulu le faire.

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Vous avez parfois eu envie de tout laisser tomber ?

J’ai eu une semaine après la tournée en Australie (en 2014) où ça n’a pas été simple. Et puis, tu repars car tu te dis que ça sera différent avec une grosse préparation pour la Coupe du monde. Je m’accrochais énormément au fait qu’on avait du mal à battre une nation du Top 4 mais qu’avec une préparation adaptée, on pourrait le faire. J’y ai cru jusqu’à la 72e minute contre l’Irlande en Coupe du monde, le match où on a tous failli, où on se fait prendre sur nos points forts.

Quelle est la chose la plus embêtante dont se rend compte un sélectionneur des Bleus une fois en poste ?

C’est de te dire que ça va être ton équipe et que tu vas pouvoir mettre en application tes plans. Et tout d’un coup, tu as cinq blessés dans les dix derniers jours avant le match… Tu subis les niveaux de forme, les blessures, les états d’âme au lieu de les gérer comme dans un club. Ça, j’ai eu du mal à m’y adapter.

Qu’est ce qu’il faudrait changer pour aider le sélectionneur ?

Qu’on lui bloque le Tournoi des VI Nations. Qu’il prenne vingt-cinq joueurs qui lui appartiennent jusqu’à la fin de la compétition. Là, ton demi d’ouverture doit s’adapter à ton système de jeu puis doit de nouveau tout changer à son retour au club en plein Tournoi. C’est hyperdifficile de zapper en permanence.

Quel conseil pouvez-vous donner à Guy Novès ?

Je n’en ai pas. Guy Novès a le plus beau palmarès du rugby français. Je ne vais pas lui apprendre à gérer un groupe, je ne leur souhaite que du bonheur et des victoires.