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JO 2016: L’eau de Rio est (par endroit) dégueulasse, mais ce n'est pas la mer à boire

JO 2016: L’eau de Rio est (par endroit) dégueulasse, mais ce n'est pas la mer à boire

TEMOIGNAGES« 20 Minutes » a parlé à ceux qui ont goûté les eaux polluées des JO 2016…
Antoine Maes

Antoine Maes

Des cadavres d’animaux qui flottent, des athlètes malades, des égouts qui se déversent directement dans l’eau et des analyses bactériologiques à faire froid dans le dos. A un an des JO de Rio, il faut visiblement être soit suicidaire, soit très mal informé pour avoir envie de piquer une tête aux alentours de la cité brésilienne. On vous rappelle le contexte… Selon une étude récente d’Associated Press, aucun site n’est épargné par la présence de virus pouvant provoquer des vomissements, des bronchites, des syndromes pied-main-bouche, des gastro-entérites, des conjonctivites et diverses inflammations de la peau.


« C’est vrai qu’il y avait une odeur bizarre »

Et pourtant, depuis plusieurs semaines, les épreuves préolympiques en voile, aviron ou triathlon se succèdent à Rio. Yannick Bourseaux, spécialiste du triathlon handisport, devrait en toute logique se remettre d’une énorme diarrhée, puisqu’il a terminé 3e du test Event de sa discipline, dimanche dernier. « En fait je n’ai pas été malade, nous rassure-t-il. La veille de la course, on a testé le parcours, c’est vrai qu’il y avait une odeur bizarre, mais c’était plus des hydrocarbures qu’autre chose, sans doute à cause de scooters qui tournaient ».

« A Lagoa Rodrigo de Freitas recebe, a partir de hoje, 563 atletas que vão participar do Mundial Júnior de Remo. pic.twitter.com/fObtBp0mYk — Brasil 2016 (@Brasil2016) 5 Août 2015 »

Dans la communauté des triathlètes, les histoires de super-bactérie dans la flotte et de carcasses de chevaux à la surface ont évidemment circulé. Et tout a été fait pour les rassurer. « La fédé communiquait tous les jours sur la qualité de l’eau, parce qu’il y avait des grosses rumeurs, et effectivement, on a vu que le 27 juillet, il était marqué "impropre à la baignade ce jour-là", sûrement à cause des égouts », reprend Yannick Bourseaux. Qui sait aussi que Copacabana (oui, oui, celui où vous irez peut être vous-même nager…) est moins touché que disons, au hasard, l’aviron.

« Je ne vais pas vous dire qu’on va aller boire l’eau du lagon, mais… »

Cette épreuve-là se disputera sur le lagon Rodrigo de Freitas. « J’ai fait du vélo autour, et on voit que l’eau est vraiment sale. Il y a des odeurs à des endroits, pffff… », souffle notre triathlète. Mais ça n’inquiète pas Patrick Ranvier, le DTN de l’aviron français, présent à Rio cette semaine pour un Test Event réservé aux espoirs : « Dans un lagon, selon les courants, il y a toujours un coin où les déchets s’accumulent. Donc si on vient prendre des photos là, vous savez bien comment on fait…. »

Ils ont de la gueule les bateaux pour les Jeux (VANDERLEI ALMEIDA/AFP)

On s’en doute un peu, oui. En attendant, les rameurs n’ont pas l’air plus terrorisés que ça. « On n’a pas à s’inquiéter, et c’est bien la raison pour laquelle les compétitions sont maintenues, reprend Patrick Ranvier. Alors bon, je ne vais pas vous dire qu’on va aller boire l’eau du lagon, mais je ne connais pas beaucoup de bassin d’aviron où l’eau est parfaite ».

A ce stade de l’histoire, disons le tout net, on est très inquiet : on nous avait promis des histoires d’éruption cutanées et de rencontres fortuites avec des matières fécales flottantes. Dernier espoir ? Les voileux, qui vont se tirer la bourre dans la fameuse Baie de Guanabara, à l’eau annoncée aussi fétide qu’une bouche d’égout parisienne. Et ça tombe bien, les membres de l’équipe de France y sont allés en 2013 et 2014, et y retourneront le 15 août prochain.

L’eau pas si douce que ça de la Baie de Guanabara (YASUYOSHI CHIBA/AFP).

« L’eau, à l’intérieur de la baie, elle est sale, c’est vrai, convient Guillaume Chiellino, directeur de l’équipe de France de voile. Mais on a eu aucun problème à déplorer : pas de malade, pas de blessure qui s’infecte, pas de collision avec des débris dans l’eau ». Alors évidemment, les marins français seront prudents : « Chaque entraîneur aura un kit de premier secours, on donne des consignes en cas de petite coupure pour très vite se désinfecter. Mais normalement si tout va bien, la voile, on n’est pas dans l’eau, on est au-dessus », reprend le dirigeant.

A Marseille, « quand il y a un orage, l’eau est sale sur les 300m ou 400m de bordure littorale »

Exilé à 350km de Londres en 2012 et à 500km de Pékin en 2008, la voile a surtout hâte de faire son retour au coeur des JO, et de déballer « des bateaux lancés à pleine vitesse sous le pain de sucre, sous le corcovado », reprend Guillaume Chiellino. Résidant marseillais, il fait d’ailleurs le parallèle avec la qualité des eaux de la cité phocéenne. « Il y a un million d’habitants, un peu de relief, dans un pays qui fait partie des plus grandes puissances du monde. Quand il y a un orage, l’eau est sale sur les 300m ou 400m de bordure littorale, il y a le pavillon violet, et les gens ne peuvent pas se baigner pendant un jour ou deux le temps que tout s’en aille ». Et si vous vous souvenez bien, Pékin avait dû déployer une armée de petites mains, chargée de retirer l’algue verte à l’épuisette sur le plan d’eau de Qingdao.

Le grand marché de la laitue de Pékin, en 2008 (LENG/COLOR CHINA PHOTO/SIPA)

A Rio, on a installé des barrages sur les rivières qui se déversent dans la baie de Guanabara, ainsi que des bateaux dépollueurs chargés de ramasser les immondices. Et parmi eux, des carcasses de bestioles ? « On les a vus sur Internet les photos de chiens morts, mais franchement un cadavre animal ça peut arriver partout. Dans la baie de Guanabara, il y a des gens qui pêchent, des gens qui se baignent. Je pense qu’on en rajoute un peu. Les gens s’attendaient à ce qu’il y ait du retard sur les travaux, la dernière chose qui reste c’est le problème de l’eau, donc on s’y intéresse », reprend Guillaume Chiellino. Mais franchement, une polémique de temps en temps, ce n’est quand même pas la mer à boire.