24 Heures du Mans: Comment l'endurance a dépassé la Formule 1 dans le coeur du public

AUTOMOBILE Plus de 250.000 personnes sont attendues dans la Sarthe ce week-end...

Guilhem Richaud

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Pilote de F1 chez Red Bull, Mark Webber a fait le choix de l'endurance en rejoignant le team Porsche
Pilote de F1 chez Red Bull, Mark Webber a fait le choix de l'endurance en rejoignant le team Porsche — JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

C’est l’événement de sport automobile français de l’année. Pendant longtemps, les amateurs avaient le choix entre les 24 Heures du Mans, et le Grand Prix de France de Formule 1. Mais depuis 2009, le mois de juin n’est plus rythmé que par la compétition mancelle. Et quand la F1 peinait difficilement à atteindre les 100.000 spectateurs sur un week-end de course, les 24 Heures en attirent systématiquement 250.000.

Visuel « 21e Minute » - 24 Heures du Mans - Réalisation Maureen Cros

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Pour obtenir cette popularité, l’endurance a réussi là où la F1 a échoué. « En Formule 1, on se fait chier. » Franck Lagorce a couru dans les deux disciplines. Dans la reine des compétitions en 1994. Et dix fois au Mans, entre 1994 et 2003. Consultant cette année pour France Télévisions - qui retransmettra le départ et l’arrivée de la course -, il attribue la perte d’intérêt de la F1 à son règlement technique. « Il est strict, détaille-t-il. Il dégrade les différences technologiques, pour faciliter le spectacle. On se retrouve avec des monoplaces quasi similaires, et c’est celle qui a le meilleur moteur qui l’emporte. »

En F1, les Mercedes d’Hamilton et Rosberg dominent sans partage depuis deux ans. - Jacques Boissinot/AP/SIPA

Les constructeurs sont relativement libres

En endurance, la logique est inversée. « Le règlement est plus ouvert, confirme Vincent Beaumesnil, directeur sport à l’Automobile club de l’Ouest (ACO), organisateur des 24 Heures et du championnat du monde d’endurance. Nous avons décidé de miser sur une logique de maîtrise des coûts et de la consommation. A partir de là, les constructeurs étaient relativement libres. » Et ils se sont fait plaisir. En LMP1, les quatre constructeurs engagés ont chacun apporté des technologies totalement différentes. « Quand Audi ou Porsche viennent en endurance, ils dépensent des millions d’euros pour développer des savoir-faire qui leur serviront ensuite sur leurs véhicules grand public, reprend Franck Lagorce. En F1, les budgets sont uniquement pour l’image. » La différence est aussi là pour le spectateur. Il retrouve au Mans des choses qui lui sont familières.

En 2012, Audi s’est imposé au volant d’une voiture hybride. Une première. - David Vincent/AP/SIPA

Le Mans est beaucoup plus accessible

Mais au-delà des avancées techniques, le succès populaire de l’endurance est aussi dû à sa relation avec le public. « Quand vous venez au Mans, avec un simple billet d’entrée, vous vous retrouvez au plus près des choses, reprend le consultant. Vous pouvez voir les voitures, côtoyer les pilotes. » Tout l’inverse de la F1. « La course de l’année, c’est le Grand Prix de Monaco, assure Franck Lagorce. Là-bas, c’est très inaccessible. Les places coûtent très cher, et les spectateurs ne sont pas très impliqués. »

Loïc Duval a fait le choix de l’endurance il y a quelques années. Après un beau parcours au Japon, il aurait pu tenter sa chance en F1. Mais il a préféré miser sur Le Mans. « C’était une évidence, assure-t-il. On est plus proche des gens en endurance. On ne fait pas ça que pour la mécanique. Il y a une notion de partage ici qu’on ne retrouve pas dans le monde un peu aseptisé de la F1. » Un avis partagé par un bon nombre de ses collègues. Et si aucun d’entre eux n’insulte l’avenir en assurant qu’ils refuseraient un baquet de F1 en cas de proposition, force est de reconnaître que depuis quelques années, ils sont nombreux à avoir choisi les pistes de l’endurance, au détriment des lumières de la Formule1.