Blessures, reconversion... Le statut de sportif de haut niveau vu par la n°1 du badminton

POLITIQUE Une proposition de loi est actuellement en débat à l’Assemblée nationale…

Guilhem Richaud

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Sashina Vignes est la n°1 française.
Sashina Vignes est la n°1 française. — THOMAS SAMSON / AFP

Le sport va-t-il enfin être considéré comme un travail ? C’est en tout cas l’ambition de Thierry Braillard, le secrétaire d’Etat aux Sports, qui défend ce lundi une proposition de loi sur le statut du sportif de haut niveau. Cette réforme, anodine pour les footballeurs payés à coup de millions d’euros, est capitale pour ceux qui pratiquent des disciplines bien moins médiatisées et rémunératrices.

La peur de la blessure

« C’est un problème qui nous touche au quotidien, témoigne la badiste Sashina Vignes Waran. Notre rémunération est en grande partie liée à nos résultats. En cas de blessure importante, on peut ne plus rien toucher. » La numéro 1 française du badminton sait de quoi elle parle. Alors qu’elle préparait les JO de 2016, elle a été victime il y a deux mois de la rupture d’un ligament croisé. « Qui me dit que mon genou tiendra dans un an ? Tout peut basculer du jour au lendemain », observe la championne.

Dans son malheur, la jeune femme a eu de la chance. « Comme je fais partie des meilleures Françaises, je suis en contrat avec mon club (ASPTT Strasbourg). Je suis donc actuellement en arrêt maladie et je touche une indemnité. Mais qu’en aurait-il été si ça n’avait été le cas ? » Si la proposition de loi soutenue par Thierry Braillard est votée, ce système sera généralisé à tous les sportifs.

Penser à sa reconversion

Rémunérée autour de 3 000 euros par mois, une somme qu’elle doit amputer de nombreux frais (déplacements, entraîneur, et parfois quelques frais de compétition), Sashina Vignes Waran, 26 ans, pense déjà à l’avenir : « Une carrière, c’est court, et ça peut s’arrêter à tout moment. Mieux vaut préparer la suite. » Après avoir obtenu un diplôme universitaire de management du sport, elle envisage désormais de faire une école de commerce ou des études de droit. « Et je viens de signer un contrat d’image avec Metlife, une assurance internationale, annonce-t-elle. L’objectif, c’est de travailler pour eux à la fin de ma carrière. J’aimerais intégrer le service communication. » Pour obtenir ce partenariat capital, Sashina Vignes Waran a bénéficié d’un coup de pouce de sa fédération et du ministère des Sports. « Il y a eu un appel à candidature pour intégrer des entreprises partenaires, détaille-t-elle. J’ai envoyé un CV, et j’ai été choisie. L’entreprise a été attirée par mon profil international. »

La proposition de loi est un des projets phares soutenus par Thierry Braillard. - ISA HARSIN/SIPA

 

Ce dispositif de partenariat devrait s’amplifier si la loi est votée. Le ministère a déjà mis en relation 67 entreprises avec 130 sportifs qui préparent les JO de Rio. Et au-delà de ces mesures phares, la proposition de loi se penche également sur le statut des sportifs professionnels avec la création d’un CDD spécifique pour les sportifs et les entraîneurs, et l’obligation pour les clubs d’assurer un suivi socioprofessionnel et une formation.