Ligue fermée ou ligue ouverte? Ce qu’il manque à la Ligue 1 pour devenir la NBA

FOOTBALL Alors que le nombre de relégations et de promotions va passer de trois à deux…

Antoine Maes

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Frédéric Thiriez, le président de la LFP, entouré de Nasser Al-Khelaïfi et Olivier Sadran, en septembre 2014, à Paris.
Frédéric Thiriez, le président de la LFP, entouré de Nasser Al-Khelaïfi et Olivier Sadran, en septembre 2014, à Paris. — LIONEL BONAVENTURE / AFP

On en est encore loin, mais qui sait ? Depuis jeudi et l’annonce par Frédéric Thiriez de la diminution du nombre de relégations et de promotions en Ligue 1 et en Ligue 2, le vieux serpent de mer a ressurgi : et si le foot professionnel français prenait la NBA en modèle pour devenir une vraie ligue fermée ? Wladimir Andreff, professeur d’économie du sport à La Sorbonne démêle ce qui relève du fantasme et ce qui pourrait bien changer dans les années à venir. Autant le dire tout de suite : une franchise de Ligue 1 à Lille ou à Bordeaux, ce n’est pas pour tout de suite. Parce qu’il y a quelques écueils à surmonter, comme…

Assumer vouloir gagner de l’argent et pas forcément des matchs

Interrogez Jean-Michel Aulas ou Olivier Sadran et demandez-leur quel est l’objectif de leur club pour la saison. On vous répondra que l’OL vise le titre ou le TFC le maintien. Officiellement. Parce que pour passer au concept de la ligue fermée à l’américaine, les investisseurs devront assumer vouloir gagner de l’argent et pas forcément des matchs. « Ce n’est pas un hasard si en anglais ça s’appelle ‘’Sports Industry’’: c’est un secteur industriel, remarque Wladimir Andreff. Les entreprises, parce que les clubs sont de vraies entreprises, leur objectif numéro un c’est de gagner de l’argent. Alors que dans les ligues ouvertes, l’objectif c’est de maximiser le nombre de victoires. Mais on s’aperçoit qu’en Ligue 1 et surtout en Premier League, les clubs cherchent à être bien classés, mais que certains cherchent à gagner de l’argent ». Pour le moment, on est encore loin du compte, la plupart des profits étant réinvestis dans l’achat de joueurs pour tenir le rang sportivement.

Revendiquer le socialisme

Vous pensiez que la NBA était le sommet du libéralisme adapté au sport-business ? Vous avez tort. Le passage à une ligue fermée, c’est aussi celui « d’une économie de marché à une économie planifiée », assure Wladimir Andreff. « Dans une ligue ouverte, il y a une concurrence sportive et économique. Dans une ligue fermée, il n’y a pas de concurrence économique. Avec la draft, l’emploi est planifié. Avec le salary-cap, c’est le salaire. Il y a aussi une redistribution des revenus des plus riches vers les plus pauvres. Et puis il y a le rôle du commissionner, qui est un planificateur. Ça rappelle vachement le socialisme ça », poursuit le chercheur. Nasser Al-Khelaïfi, chantre du marxisme appliqué au sport ? Hum… « Ils veulent le beurre et l’argent du beurre. Ils voudraient garder leurs positions dominantes, et en même temps ils voudraient gagner de l’argent quand ils perdent sur le terrain. Dans ce cas-là qu’ils disent clairement "nous voulons l’économie planifiée". Idéologiquement, il n’y en a aucun qui est prêt à dire ça », sourit Wladimir Andreff.

Contourner les lois de la concurrence

Ça vous parle le droit de la concurrence ? Le Parlement Européen y est tellement attaché qu’il a même osé s’attaquer récemment à Google pour « abus de position dominante ». Alors si la ligue 1 décide demain de rester un club très fermé de 20 propriétaires, ça ne risque pas de plaire à Bruxelles. Aux Etats-Unis, le coup de force a pourtant marché : « Les ligues américaines sont dérogatoires des lois anti-trust par exemple. C’est la seule industrie américaine qui y échappe », remarque Wladimir Andreff. Dans son article « Régulations et institutions en économie du sport », il raconte comment se sont débrouillées les grandes ligues US. « Dès 1922, la Cour suprême décida à l’unanimité que le baseball n’était pas soumis à la loi anti-trust, à l’issue d’un conflit entre une nouvelle ligue (American League) et l’ancienne Federal League. Le motif invoqué était que le baseball est une "exhibition publique et non un commerce" ». Motif étendu peu à peu aux autres sports (basket, hockey, football américain).