VIDEO. Sport et eSport: Un joueur de Call of Duty peut-il être l'égal de Federer?

ESPORT Sport et eSport, un rapprochement inéluctable...  

Paul Arrivé

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Le Staples Center de Los Angeles, lors de la finale du championnat du monde de League of Legends en 2013.
Le Staples Center de Los Angeles, lors de la finale du championnat du monde de League of Legends en 2013. — Mark J. Terrill/AP/SIPA

Les affiches ont fleuri dans la capitale ces dernières semaines. Samedi et dimanche, l’ESWC (pour «Electronic Sports World Cup») organise au Zenith de Paris «la finale de la coupe du monde de Call of Duty». «Avec les huit meilleures équipes du monde», précise Julien Brochet, directeur de l’ESWC. Pour promouvoir l’événement, de grands panneaux dans le métro, donc, mais surtout un message: «gaming = sport».

 

«Avec cette campagne, on veut créer un débat, explique Julien Brochet. Doit-on considérer l’eSport comme un sport à part entière?». Aujourd'hui, le jeu vidéo est pratiqué à un niveau compétitif en multijoueurs, par des équipes structurées et souvent professionnelles. La discipline existe depuis des années maintenant mais elle est en plein essor depuis deux ou trois ans. Certaines compétitions remplissent Bercy ou le Staples Center de Los Angeles. Des endroits plus habitués à voir évoluer des sportifs comme Roger Federer ou Kobe Bryant.

Mais le lien entre «sport» et «eSport va au-delà de partager les mêmes enceintes. «On y retrouve les mêmes valeurs, les mêmes implications, reprend Julien Brochet. Pour être un champion en sport, il faut développer des facultés hors du commun. Au sein de l'eSport, c'est la même chose».

Aujourd'hui, les équipes sont sponsorisées, les joueurs sous contrat, encadrés par des coachs, des managers. En 2013, un joueur de League of Legends a même obtenu un visa sportif pour entrer aux USA. On retrouve aussi des médias «spécialisés», qui diffusent et commentent les plus grosses compétitions de League of Legends, Call of Duty ou FIFA.

Fermez les yeux et écoutez: on jurerait des commentateurs anglais s'excitant sur un match de foot:

Pourtant, les joueurs eux-mêmes ont du mal à se qualifier de sportifs à part entière. «Je ne me considère pas comme un athlète, plus comme un compétiteur, affirme Julien «Zylewr» Louis, capitaine de FaZe France présente pour la finale de l’ESWC. L’eSport est une discipline jeune, c’est difficile de déterminer si on peut la considérer comme un sport à part entière». Plus comme une sous-catégorie? «Peut-être, parce que l’aspect mental, les reflexes, y sont plus importants que le physique. Il faut aussi beaucoup d’entraînement, de travail».

«C’est un sujet épineux, ajoute Nicolas Sence, manager «Call of Duty» de l’équipe FaZe France au Zénith. Il y a des similarités, mais aussi des différences. La dimension physique, par exemple, ne rentre que peu en compte dans notre discipline. Et pour moi, le sport, c’est ça. L’eSport est plus un sport de réflexion». Julien Brochet précise: «L’effort physique est moins important, c’est sûr, mais il existe pour certains jeux. Comme Just Dance, qui se pratique à un niveau compétitif».

«Le problème c’est qu’on est encore vus comme des geeks boutonneux»

Capacité d’analyse, réflexes, précision… L’eSport se situerait donc à mi-chemin entre les échecs et des disciplines comme le tir, ce dernier étant même admis aux Jeux olympiques ? «Le problème c’est qu’on est encore vus comme des geeks boutonneux par le grand public, regrette Nicolas Sence. On a encore cette image négative et c’est un frein au rapprochement entre sport et eSport».

Pourtant, les barrières s’affranchissent de plus en plus. L’Equipe a par exemple diffusé une compétition de Starcraft II sur son site il y a quelques semaines. Surtout, le club turc omnisports du Besiktas (multiple champion de Turquie en football ou basket) compte depuis plusieurs mois dans ses rangs une équipe professionnelle de joueurs de League of Legends.

En 2007, une officieuse Fédération Française des Jeux Vidéo en Réseau (FFJVR) a même tenté d’obtenir l’agrément sportif auprès du ministère des sports. Si la réponse a été négative, les récentes déclarations d’Axelle Lemaire (secrétaire d’Etat chargée du numérique) tendent vers une reconnaissance accrue de l’eSport.

 

«La création d’une fédération ça serait quelque chose de positif, pour nous, affirme Julien Louis. Aujourd'hui il y a beaucoup d'organisations qui sont là pour avoir leur part du gâteau. Alors si une seule, reconnue, prend les choses en main ça serait une bonne chose». Un CIO de Counter Strike? Une Fifa de Dota? Ce n'est pas pour demain. «On ne peut pas se caler sur le modèle du sport à 100%, rien qu’à cause du fait que ce sont des organismes privés qui fabriquent les jeux, explique Julien Brochet. L’eSport ne remplacera jamais le sport traditionnel, mais aujourd’hui nous avons des joueurs professionnels partout, sans statut légal. L'eSport doit être reconnu en tant que tel, même s'il y a 95% de points communs avec le sport». A commencer par des 4/3 dans le métro.