Attaque à «Charlie Hebdo»: Pourquoi les footballeurs pros ne sont pas tous «Charlie»

FOOTBALL Quelques joueurs ont refusé de porter les maillots «Je Suis Charlie» depuis l’attaque contre l’hebdomadaire…

R.B., F.L. et A.M.

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Le public du stade de la Mosson de Montpellier avant un match contre l'OM, le 9 janvier 2015.
Le public du stade de la Mosson de Montpellier avant un match contre l'OM, le 9 janvier 2015. — PASCAL GUYOT / AFP

Dimanche, 3,5 millions de Français ont défilé dans les rues sous la bannière du fameux «Je Suis Charlie». On a beaucoup moins parlé de ceux qui ne l’ont pas fait. A moins que leur métier soit celui de footballeur. Vendredi, le Montpelliérain Abdelhamid El Kaoutari a refusé de porter le T-shirt de soutien à l’échauffement. Lundi soir, trois joueurs de Valenciennes ont effacé le «je suis» du «Je suis Charlie» floqué sur leur maillot. Des actes qui ont étonné les journalistes présents, et choqué certains spectateurs.

 

«On ne peut pas à la fois défendre la liberté d'expression et obliger les gens à... Ce n'est pas ça la démocratie, répond Eddy Zdziech, le président nordiste. C'est pourquoi, j'ai laissé faire et je ne leur ai pas demandé d'explication car il n'y en avait pas à demander. Je n'irai pas contre ça.» C’est aussi le sens du geste d’El Kaoutari, selon Karim Aklil, son agent: «Il l’a quand même porté le T-shirt puisqu’il l’a mis en dessous. Ce n’est évidemment pas quelqu’un qui cautionne les attaques horribles contre Charlie Hebdo. Je l’ai eu au téléphone après ces événements, il était choqué comme tout le monde, de ces actes de barbarie. Après, chacun fait ce qu’il veut, c’est sa liberté personnelle d’avoir fait ça».

 

Evidemment, c'est un sujet extrêmement sensible, où la moindre déclaration maladroite peut vous propulser au centre de la polémique. Lundi soir dans l’émission J+1, le Français Demba Ba, qui joue désormais à Besiktas (Turquie), a expliqué que lui aussi n’aurait pas souscrit à l’inscription. «Ce qui est arrivé en France… Je suis musulman, et ce qui est arrivé ce n’est pas l’islam. J’aurais porté un maillot noir en hommage aux victimes et aux familles. Mais porter l’inscription «Je Suis Charlie» je ne l’aurais pas fait», explique l’ancien attaquant de Chelsea.

«On n’a pas fait d’appel collectif, parce que le ressenti devait être personnel»

C’est d’ailleurs la démarche de l’OM, qui a distribué des maillots noirs vendredi à Montpellier. De fait, aucune action généralisée n’a été mise en place par la LFP, en dehors de la minute de silence. Et difficile pour les clubs d’ordonner quoi que ce soit, moralement ou légalement. D’autant plus que l’UNFP, le syndicat des joueurs, n'a lui-même pas donné de mot d’ordre. «On n’a pas fait d’appel collectif, parce que le ressenti devait être personnel, glisse le syndicat. On n’a pas à imposer des choses, ça irait à l’encontre de la liberté que le monde défend en ce moment. Ce sont des grands garçons, ils font partie de la société civile, comme les autres salariés du pays.» A une différence près: la plupart des gens ne font pas leur métier en direct à la télé.