Ligue 1: Les rumeurs en période de mercato, d’où viennent-elles, à qui profitent-elles?

FOOTBALL Alors que de nombreux transferts potentiels ne se réaliseront pas cet hiver…

R.B., J.L., A.M.

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Ezequiel Lavezzi lors de la rencontre entre Naples et le PSG le 11 août 2014.
Ezequiel Lavezzi lors de la rencontre entre Naples et le PSG le 11 août 2014. — CIAMBELLI MATTEO/SIPA

Thiago Motta aurait demandé à quitter le PSG. Selon la presse française qui reprend la presse italienne,qui reprend elle-même des éléments révélés par les journaux français sur le mal-être supposé de l’Italien à Paris, le tout savamment relayé par son agent sur twitter. Voilà le genre de rumeur – fondée ou pas - auxquelles nous habitue le mercato. Comment nait ce genre d’informations presque invérifiables? Qui en profite? Qui se fait avoir? Rencontre avec les trois acteurs concernés: la presse spécialisée, un agent de joueur, et un ancien directeur sportif.

Sébastien Denis, journaliste à Foot Mercato

«Il y a des pays spécialisés dans le lancement de rumeurs fantaisistes, et c’est devenu un travail de dénicher le vrai du faux. Mais même parfois le plus plausible paraît impensable, comme Falcao à Monaco, et finalement cela se réalise. D’où viennent les infos? Il y a plusieurs mécanismes. Le premier, c’est l’agent du joueur qui fait monter plus ou moins la sauce. Mais la majeure partie n’a pas envie que ça se sache.

Le 2e, c’est un média qui lance une rumeur comme ça, parce qu’elle pense que c’est une bonne tendance et que ça peut se faire, mais généralement cela se remarque vite et l'on ne tient pas compte de cette dernière. Il y a beaucoup de dossiers qui se font sans qu’aucun média ne soit partie prenante ou alors à la fin quand le dossier est quasiment bouclé. Il y a des agents qui se servent des médias, et inversement, mais faut arrêter de croire que c’est le média qui fait le transfert ou l’agent grâce au média.»

Frédéric Guerra, agent de joueurs

«La rumeur peut partir d’un peu tout le monde dans le football. Ça peut être un joueur qui sous-entend qu’il veut partir, un président qui se dit vendeur… ça peut aussi être un journaliste. Imaginez que je donne une interview où j’évoque l’un de mes joueurs, que spontanément le mot adéquat ne me vient pas en tête et que le journaliste remplace mon peut-être par un probablement. Le lendemain soir, mon joueur est transféré.

J’ai géré le transfert de Mahammadou Diarra du Real Madrid à Monaco en 2011. C’était un joueur important, donc ça faisait beaucoup parler tout autour, mais on ne s’en est pas servis dans les négociations. Le bruit peut partir tous azimuts à force de se faire déformer, et parfois ce sont d’autres personnes, pas impliquées dans le transfert en question à la base, qui peuvent en profiter. Le mercato hivernal est moins propice à cela que l’estival car c’est une période de retouche».  

Pierre Dréossi, ex-directeur sportif de Rennes

«ll y a toujours un fond de vérité quand un nom sert dans la presse. Au minimum, l’agent a appelé le club pour le proposer. Ça ne veut pas dire que le club a répondu oui, mais ça suffit à faire démarrer la rumeur. Par exemple, à Rennes, quand on avait M’Vila, il était lié à tous les grands clubs européens. Il y en a trois ou quatre qui ont tout de même pris des renseignements. Après, c’est facile d’extrapoler sur tous les autres de la même catégorie.

Le club peut-il lancer une rumeur volontairement? Franchement, c’est le genre d’écran de fumée qui ne trompe personne à part les supporters. C’est comme le mythe de l’agent qui invente une piste pour avoir une augmentation pour son joueur. J’ai fait 200 transferts dans ma vie, et cela a dû arriver une fois que ça se termine par une augmentation plutôt qu’un départ».