Equipe de France: Du saucisson dans le bus aux barbecues de l'OM, les quatre vies d'André-Pierre Gignac

FOOTBALL De Lorient à Marseille, en passant par Pau et Toulouse…

B.V. avec C.B à Marseille

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André-Pierre Gignac après le match entre Marseille et Nice le 29 août 2014.
André-Pierre Gignac après le match entre Marseille et Nice le 29 août 2014. — BERTRAND LANGLOIS / AFP

Quatre clubs, quatre intervenants. Rappelé en équipe de France pour affronter le Portugal et l'Arménie, André-Pierre Gignac (28 ans) a déjà vécu plusieurs carrières, lors desquelles il n'a pas toujours été le meilleur buteur de la Ligue 1. 20 Minutes raconte chacune d’entre elles à l’aide d’un témoin de l’époque. De Lorient à Marseille en passant par Pau et Toulouse.

Lorient (2004-2007) - «Il nous a immédiatement fait penser à Van Nistelrooy»: Frédéric Rouzo, entraîneur de la réserve à l’époque
«On le récupère à Lorient en juniors et il était comme il est actuellement: sûr de lui et sûr de réussir. C’était déjà l’impression qu’il donnait. Il nous a immédiatement fait penser à Ruud Van Nistelrooy, de par son allure, sa détermination à marquer. C’était un très bon gamin, protecteur avec tout le monde, très famille. Ma femme l’a eu en stage à la boutique du club, il était très calme, bosseur, il n’a jamais fait de vague, toujours avec l’idée d’être pro. Ce n’était pas le plus talentueux, même s’il avait déjà une bonne frappe de balle et qu’il faisait souvent gagner des matchs tout seul. Mais il s’est forgé parce qu’il a bossé, plus que d’autres, du fait que son physique supportait moins les excès et qu’il a mis du temps à le comprendre, même si beaucoup de jeunes sont comme ça. Il a aussi profité d’un bon concours de circonstance: lorsqu’il se révèle avec son triplé face à Nantes (en 2006), cinq ou six attaquants sont blessés.»

Pau (en prêt six mois, de 2005 à 2006) «Au retour de notre premier déplacement, il a sorti le saucisson dans le bus et le coupait avec son canif»: Jacky Leglib, gardien de but et ami
«A l’époque j’étais son "chauffeur" car il n’avait pas le permis, donc les liens se sont vite créés. C’était un jeune mais je crois qu’il n’a pas changé: un éternel gamin, chambreur, mais sans avoir le "teston". Un vrai mec cool. Il est arrivé dans le vestiaire et la première chose qu’il a dite, c’est: "moi c’est pas André-Pierre, c’est Dédé". Pour notre premier déplacement, à Raon l’Etape, la coutume veut qu’un nouveau chante une chanson. Il a fait Petite Marie en tapant sur une bouteille de Perrier (il rigole). Ca nous a flingué les oreilles mais on était plié de rire. Au retour, dans le bus, il a sorti du sauciflard de son sac et a commencé à le couper avec son canif. On a tout de suite compris à qui on avait affaire. Le mec venait de Lorient mais n’était pas un grand pro: il mangeait n’importe quoi, c’est pas un mythe (rires). Par contre, il avait déjà un mental incroyable et un niveau de jeu exceptionnel. J’étais gardien et je peux vous dire qu’il envoyait de ces chaussons…»

Toulouse (2007-2010)«Il est tout le temps joyeux, il chambre, il blague. Il va parfois trop loin mais on s'en fiche»: Hérita Ilunga, coéquipier en 2008
«C'est le coéquipier que t'as envie d'avoir au vestiaire. Que ça se passe bien pour lui ou pas, le football reste un merveilleux métier et il l'exerce de la meilleure des manières. Il est tout le temps joyeux, il chambre, il blague, va parfois trop loin mais on s'en fiche parce que c'est gentil. Tu ne peux pas exactement savoir ses moments de faiblesse et de doute. C'est sa force. Avec nous, il rate sa première année à Toulouse car l'équipe ne marchait pas bien. Mais je ne l'ai jamais vu rechigner au travail parce que ça n'allait pas avec le coach (Elie Baup). C'est aussi pour ça que même s’il a eu des grosses périodes de moins bien, comme à Marseille, ça s'est toujours bien fini pour lui. D'ailleurs l'année d'après, il marque 24 fois. Il cherche plutôt à convaincre par le travail quand il a la tête dans le sac. Bien sûr, on parle souvent de son poids, mais c'est injuste. Parfois, je suis allé manger chez lui, il n'y avait que lui, sa femme et son fils, et il avait commandé pour vingt. Parce qu'il est comme ça dans la vie, toujours dans l'excès! Mais c'est un faux problème... C'est un peu facile d'expliquer qu'il est meilleur avec trois ou quatre kilos de moins, mais quel que soit son poids, ça ne l'a jamais empêché de tout donner.»

Marseille (depuis 2010) – «On allait parfois chez lui faire des barbecues»: Jean-Philippe Sabo, coéquipier en 2011
«Sa première année à l’OM (après avoir été transféré pour 18 millions), c’est vrai qu’il était dans une mauvaise passe. On attendait beaucoup de lui car il avait été recruté pour un gros montant et on connaissait son salaire. Mais dans le groupe, il mettait toujours l’ambiance dans le vestiaire. C’est quelqu’un de très jovial qui a toujours la bonne humeur. On allait parfois chez lui faire des barbecues. En 2011-12, avec Deschamps, ses problèmes physiques (poids et blessures) l’obligeaient à s’entraîner dans le groupe des remplaçants car à l’époque le club jouait la Ligue des champions et les titulaires avaient pas mal de récupération en semaine. Quand je le vois aujourd’hui, je le trouve physiquement beaucoup plus affûté qu’à l’époque. On voit qu’il a perdu du poids. C’est quelqu’un qui a la main sur le cœur. Je l’ai félicité pour sa sélection en équipe de France, et il m’a répondu tout de suite par texto.»