Coupe du monde 2014: L’Allemagne la méritait tant

FOOTBALL Equipe la plus régulière depuis huit ans, elle n’a pas volé son titre de champion du monde…

B.V. à Rio

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Les Allemands champions du monde, le 13 juillet 2014
Les Allemands champions du monde, le 13 juillet 2014 — Ben Queenborough/BPI/RE/REX/SIPA

De notre envoyé spécial à Rio (Brésil),

Voilà donc l’Allemagne championne du monde. Nos doigts ne se crispent pas à l’écrire et nos yeux ne se sont pas brûlés à le voir. Parce qu'il n’y a rien de choquant là-dedans. Parce qu’au contraire, c’est normal, et au fond, mérité. C’est un gros mot dans le foot, certes, mais rarement un titre mondial aura souffert aussi peu de contestation. La Mannschaft est l'équipe la plus complète et la plus régulière du monde. Et 20 Minutes vous explique pourquoi.

La révolution de 2004

L’histoire est bien connue. Mais pour les retardataires, Joachim Löw a tout résumé en conférence de presse après la rencontre. «Après l’Euro raté en 2004 (l’Allemagne n’a pas passé les poules), on a dit qu’il fallait mieux s’investir dans l’éducation, avec des joueurs meilleurs techniquement, explique le sélectionneur allemand. Avoir les vertus allemandes, ça ne suffit plus, car toutes les autres nations les ont aussi. On doit devenir meilleur sur le terrain. On a créé des centres de performances, d’excellences, qui ont fonctionné. Cette victoire est le résultat de plusieurs années de travail, débuté avec Jürgen Klinsmann.» La mutation est instantanée. Dès la Coupe du monde 2006, organisée chez elle, l’Allemagne n’est plus le monstre pragmatique qu’elle a toujours été mais une équipe joueuse et enthousiasmante. Lahm, Schweinsteiger ou Podolski, titrés dimanche soir, font déjà partie de cette équipe. S’y greffent ensuite des Ozil, Kroos, Müller, Khedira. Dix ans après l’Euro raté au Portugal, l’Allemagne s’est réinventée et produit à la fois le jeu le plus plaisant et le plus efficace du monde.  

Une régularité incroyable

Demi-finale, finale, demi-finale, demi-finale, titre. Voilà le parcours de l’Allemagne dans les grandes compétitions (Euro et Coupe du monde) depuis 2006. La régularité finit toujours par payer. «Notre force a été qu’au fil des années, on a continué à faire des progrès, à devenir plus forts, estime Joachim Löw. S’il y a quelqu’un qui le mérite c’est cette équipe, (il cite six ou sept noms de joueurs présents depuis longtemps dans l’équipe). On a été déçu plusieurs fois mais ce soir on a gagné. Ce titre, on l’a gagné sur ces 10 ans.» On croyait cette génération maudite, elle n’était juste pas tout à fait prête. Après avoir essuyé de nombreuses larmes, elle soulève désormais un trophée. Ca devait bien finir par arriver. Après la défaite des Bleus, Didier Deschamps avait résumé ça parfaitement: «L’Allemagne est une habituée de ces grands rendez-vous. Elle a cette expérience supplémentaire qui aide dans des matchs très serrés».

Un réservoir hallucinant

L’Allemagne s’est installée sur le toit du monde et compte bien y rester. Si l’on enlève Miroslav Klose, tous les titulaires pourraient encore être là dans quatre ans en Russie. Et assurément dans deux en France. «Je crois qu'elle est encore capable de gagner, sourit Löw. Et nous aussi, parce que nous avons beaucoup de jeunes joueurs, comme Schürrle, Kroos, Götze. Nous avons de belles années devant nous.» Sans oublier Reus et Gundogan, blessés pour cette Coupe du monde. Et derrière ceux-là, ça continue de pousser. Le réservoir allemand est une source intarissable de talents, à faire peur tous ceux qui voudraient se mettre sur leur chemin à l’Euro 2016. Kramer (22 ans) a débuté en finale de la Coupe du monde. Julian Draxler (20 ans) était dans les 23 de Löw. Maximilian Meyer (18 ans!) a déjà une sélection en équipe d’Allemagne. Et on ne parle même pas des Leon Goretzka, Kevin Volland, Emre Can ou Mathias Ginter…