Roland-Garros 2014: Lee Duck-Hee, sourd, et future star du jeu?
TENNIS•Ce Sud-Coréen figure parmi les meilleurs juniors du monde malgré son handicap…Julien Laloye
De notre envoyé spécial à Roland-Garros
Au premier abord, celui du court n°3, un peu en coin sur la gauche, Lee Duck-Hee est un (bon) junior comme un autre. Un coup droit solide, des déplacements de terrain assurés, et un vrai potentiel pour son âge (11e mondial à 16 ans). Rien, pas même les quelques gestes de frustration en direction son père, ne le distingue de son adversaire au premier tour, le Français Corentin Moutet. Pourtant Lee a bien une particularité. Il est sourd depuis sa naissance et s’exprime très difficilement. Le débriefing avec son entraîneur, après une victoire bien maîtrisée, se fait par signes parfois approximatifs. «J’ai tenté d’apprendre quelques rudiments, mais il ne parle pas la langue des signes, explique José Luis Lopez. Il comprend un peu l’anglais en lisant sur les lèvres, mais moins que le coréen. Il faut que je m’y mette (rires).»
«Je lui montre ce que je veux qu’il fasse sur tablette»
Le petit Lee a déjà une petite notoriété dans le Players lounge où tout le monde a entendu parler un jour de ce Beethoven du circuit. «Je l’ai jamais vu jouer, concède Parmentier, mais je connais son histoire. Ça doit être fou de jouer sans rien entendre. Le son de l’impact de la balle dans la raquette adverse, c’est primordial pour pouvoir anticiper sur la reprise d’appui. Il doit compenser avec son œil, mais c’est impressionnant de se dire que c’est possible.» Le Coréen, plus jeune joueur de l’histoire à être entré dans le ranking ATP, n’a en fait qu’un problème. Ne pas entendre les annonces après une balle litigieuse. «Tout à l’heure, l’arbitre a rectifié une balle annoncée faute. Dans ces cas-là, Lee n’entend pas et continuer à jouer, explique José Luis. En fait il ne s’arrête jamais de jouer!»
Rafael Nadal himself s’est montré bluffé par la volonté de Lee Duck Hee. Le numéro 1 mondial s’est personnellement investi pour que le jeune homme vienne s’entraîner à Barcelone, dans la même académie que lui. Les deux hommes ont d’ailleurs tapé la balle ensemble à Roland-Garros, et José Luis Lopez a été directement détaché par le clan Nadal pour s’occuper de Lee -au moins- jusqu’à Wimbledon, même si les séances sont un peu folkloriques pour le moment. «Je prends une raquette pour lui montrer le geste qu’il attend, et j’essaie d’y associer des mots pour qu’il puisse faire le lien avec le bon geste à faire sur le court. Sinon, on passe par la tablette, je lui fais visualiser ce que j’attends de lui.»
Pris en main par Rafael Nadal
On ne jetterait pas encore le jeune homme dans les griffes de «Rafa» sur le Central de Roland-Garros, «mais il a un vrai potentiel», assure Lopez. Et un avantage majeur sur la concurrence: «Il est peinard dans sa bulle! Aucun bruit de l’extérieur, c’est parfait pour la concentration, ose Parmentier. Ça évite d’entendre certaines conneries venues des tribunes». Et aussi de s’énerver sur son jeu à un âge où la maîtrise des émotions est encore un concept virtuel. Sur le court n°3, c’est d’ailleurs ce qui a fait la différence entre Lee et Moutet, trop occupé à se dénigrer en permanence pour l’emporter.


















