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«Le dopage au cannabis relève surtout de la question des droits et des devoirs du sportif»

«Le dopage au cannabis relève surtout de la question des droits et des devoirs du sportif»

INTERVIEWLe responsable du numéro vert «Ecoute dopage» explique la spécificité du "joint dopant"
Propos recueillis par Stéphane ALLIES

Propos recueillis par Stéphane ALLIES

«Les cas positifs au cannabis se multiplient en France», titrait L’Equipe mercredi, révélant que dix rugbymen ont été pris pour fumage de pétard, lors des trois derniers mois de 2007. Auparavant, l’excès cannabique était davantage l’apanage des gardiens de football (comme Barthez et Lama) ou des joueurs de handball (comme les Barjots, défendus par leur entraîneur d’alors).

Dorian Martinez, psychologue du sport, fondateur de dopage.com et responsable du numéro vert «Ecoute dopage» (0800 15 2000), revient sur ce type bien particulier d’infraction sportive.


En quoi fumer un joint est-il de la triche pour faire du sport?

Essentiellement, car le cannabis remplit deux des trois critères du CIO, et maintenant de l'Agence mondiale antidopage (AMA). Il est nocif pour la santé et contraire à l’éthique du sport. Reste le troisième élément, l’amélioration de la performance, qui est plus problématique à dégager. L’expérience du numéro vert nous montre bien que c’est le cas. Dès lors qu’il y a un objectif de compétition, une «dose étudiée», il y a dopage.

Ensuite, le cannabis est surtout un problème pour les adolescents sportifs en filière de haut niveau, car il est détectable longtemps après la consommation. Et que, pour le coup, il n’y a pas forcément une démarche dopante.


Concrètement, pourquoi se dope-t-on au cannabis?

Il y a plusieurs types d’effets. A la base, c’est le dopage numéro un des gardiens de but, quel que soit le sport. Parce que ça agit sur la pupille et permet de préciser la vision, mais aussi parce que ça donne l’impression d’être dans une bulle, insensible à la pression du public.

Il y a aussi un effet par rapport au stress inhérent à la compétition. Dans ce cas, on fume la veille d’un match. Et la pratique n’est pas récréative mais réfléchie à l’approche d’une échéance. Enfin et paradoxalement, fumer un joint permet de courir vite et ce type de dopage est utilisé dans le sprint, car il améliore le relâchement musculaire et donc la récupération.


Comme pour la créatine, autorisée dans certains pays et pas en France, existe-t-il des différences de régime de contrôle ?

Aujourd’hui, c’est harmonisé, mais l’AMA a lâché du lest en reconnaissant le cannabis comme «substance particulière» et non comme «produit dopant». Du coup, un contrôlé positif qui démontrerait qu’il n’était pas dans une démarche sportive pourrait voir sa sanction amoindrie. N’importe quel avocat peut plaider cela…


Cette qualification étrange de l’AMA révèle la gêne de l’institution par rapport aux drogues douces, en raison de la mauvaise image de la drogue tout court. A la limite, on préfère avoir des dopés que des drogués. C’est aussi là le centre du problème: la question morale. Le débat devrait se porter davantage au niveau des droits et devoirs du sportif de haut niveau.


L’image d’un «rugby sport différent» est donc un mythe?

Le rugby n’est pas plus épargné que le bowling, le tir à l’arc ou la pétanque. Mais on recherche moins le dopage dans ce sport que dans le cyclisme et l’athlétisme. Le professionnalisme est évidemment un facteur aggravant. Désormais, on ne se dope plus pour améliorer sa performance, mais pour se maintenir à un niveau de performance, et cela devient de plus en plus dur avec la multiplication des compétitions.


C’est vrai que le rugbyman peut se servir de l’effet désinhibant du cannabis. On a eu des témoignages soulignant des sentiments d’invincibilité : «Ça me permet de ne pas avoir peur» ou encore «je peux rentrer dedans plus facilement». Mais le problème des compléments alimentaires est bien plus préoccupant que celui du cannabis dans le rugby. Tous les rugbymen professionnels utilisent ce type de produit qui, une fois sur cinq, contient des produits dopants. Souvent, ils ne le savent pas et c’est pour cela que nous avons mis en place une gamme complète de compléments alimentaires garantis sans doping. (plus d’info sur wall-protect.com)