Loïc Korval: «Ce n’est pas anodin de se faire tirer dessus à hauteur de tête»

JUDO Le judoka français, de retour au premier plan, se bat aussi devant la justice dans une affaire de délit de fuite avec la police…

Romain Scotto

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Loïc Korval remporte une médaille de bronze aux championnats du monde de judo, le 12 septembre 2010 à Tokyo.
Loïc Korval remporte une médaille de bronze aux championnats du monde de judo, le 12 septembre 2010 à Tokyo. — K.Nogi / AFP

Avec le tournoi de Paris, (le 8 février prochain) Loïc Korval compte bien marquer définitivement son retour en force sur les tatamis. Champion de France des moins de 66kg en novembre, l’ancien médaillé de bronze mondial (2010) reste sur trois années compliquées, notamment en raison d’une affaire de course poursuite avec la police le 16 mai dernier. Le judoka comparaîtra en mars, ce qui ne l'emêche pas de viser le titre mondial en fin d'année.

Avez-vous l’impression de revenir de loin ? 

Je reviens de loin parce que je me suis retrouvé en deuxième division et que j’ai dû revenir au plus haut niveau. Champion de France D1. Là pour la préparation du tournoi de Paris, on va essayer de rester sur la même dynamique. Cette année, mon objectif c’est d’être champion du monde. Loïc Pietri l’a été l’an dernier. Loïc Korval le sera cette année.

Avez-vous l’impression de jouer très gros sur ce tournoi de Paris ? 

Oui. Je sais que je joue gros parce qu’on ne va pas me faire particulièrement de cadeaux. Je suis soumis à un régime un peu plus sévère que les autres. Mais quand bien même. Le nouveau staff est différent, compétent, professionnel. Ça se passe bien dans tous les sens du terme. Je ne suis pas avantagé mais je ne serai pas lésé. J’aborde ce tournoi sérieusement mais pas comme un couperet définitif.

Qu’est-ce qui a changé depuis votre podium mondial en 2010 ? 

Enormément de choses ont changé. Je ne suis plus le même. J’étais tout jeune, dans le monde des Bisounours. Je ne savais pas trop ce qu’était le haut niveau. J’ai connu des périodes compliquées. La gloire après ma médaille. Il fallait gérer, rebondir. Je me suis un peu éparpillé. Et puis il y a eu ma grosse et longue blessure au dos. On me conseillait de prendre ma retraite. Ça a été difficile. J’étais très mal entouré et mal conseillé. Mais les nuisibles sont partis.

L’affaire dans laquelle vous allez comparaître en mars vous a-t-elle porté préjudice ? 

Oui, en terme d’image notamment. Le judo est un sport qui ne draine pas beaucoup d’argent et les rares portes que j’ai pu ouvrir se sont refermées à cause de ça. Ça a été très, très compliqué à gérer. Le problème c’est qu’il n’y a pas eu de présomption d’innocence. Dans la presse, beaucoup ont dit sous forme affirmative que j’étais alcoolisé. Il n’y a eu aucune forme de retenue. On a dit que j’étais multirécidiviste. Ce n’est pas possible, on doit respecter la présomption d’innocence.

Abordez-vous sereinement ce procès ? 

Oui, parce que je sais ce qui s’est passé. J’ai des torts, mais est-ce que c’est une raison suffisante pour tirer sur quelqu’un alors qu’on est trois dans la voiture ?  On n’est pas dans un western. J’ai porté plainte pour tentative d’homicide volontaire. Si tout se passe correctement, je pense qu’il y aura beaucoup de choses à remettre en question du côté des policiers.

Les choses auraient pu encore plus mal tourner…

On était trois dans la voiture. Une balle est passée sur le front de mon cousin. Une balle est passée à trois centimètres de l’appui tête conducteur. Voilà. Ça aurait pu faire beaucoup de dégâts. La balle qui a percuté le véhicule a explosé la vitre arrière et est ressortie par le pare brise à l’avant. Tout en sachant que le véhicule était à l’arrêt. Les conséquences psychologiques sont grandes derrières. Ce n’est pas anodin de se faire tirer dessus à hauteur de tête. On ne peut pas avoir des réactions aussi disproportionnées quand on est policier.

Quel tort reconnaissez-vous ? 

Ce n’est pas compliqué, quand un policier demande de s’arrêter, il faut s’arrêter. C’est le B.a. - Ba. J’étais fatigué, aigri. J’ai fait ce trajet supplémentaire. Pour moi, c’était un contrôle au faciès. J’étais vraiment énervé. C’est mon tort. Je le reconnais.