Le Tour de France en 2050: «Le futur du dopage, c’est la biotechnologie», explique Pierre Bordage, auteur de science-fiction

Propos recueillis par Joel Metreau
— 
L'écrivain français de science-fiction Pierre Bordage.
L'écrivain français de science-fiction Pierre Bordage. — DR

Dans la littérature, la science-fiction prend rarement comme sujet le sport pour imaginer comment il pourrait évoluer dans le futur. «20 Minutes» a donc demandé à Pierre Bordage d'imaginer le Tour de France dans quelques dizaines d'années. Pour l'écrivain français de science-fiction, distingué par de nombreux prix, cet événement sportif ne sera pas tant affecté par de grands changements.

Pourquoi la science-fiction s’intéresse si peu au sport?

Déjà, les écrivains de science-fiction ne sont pas sportifs… Pourtant le sport est intéressant sur le plan social et mérite qu’on s’y intéresse. Le cyclisme n’est pas mon sport de prédilection, et je le préfère sur piste, en champ clos pour voir tout ce qui s’y passe. Le Tour de France, qui est long et s’étire parfois, n’est pas toujours agréable à regarder, sauf dans les étapes de montagne, où il y a une sorte de bagarre.

Comment voyez le Tour de France dans une cinquantaine d’années?

En 100 ans, l’évolution principale est liée au matériel et à la chimie pour améliorer les performances…

…donc le matériel pourrait changer ?

Oui, avec des matériaux au coefficient de pénétration dans l’air plus fort, davantage de légèreté et de fiabilité. On peut aussi imaginer, comme dans la Formule 1, une assistance technique de plus en plus forte, avec des changements d’éléments en quelques secondes.

Et des vélos aux aspects différents?  

Le cyclisme, c’est la pédale, on ne pourra pas changer ça. Les vélos ont déjà beaucoup évolué. On ne va pas changer leur forme. Comme si on demandait à un footballeur de jouer avec un ballon ovale.

>> A quoi ressemblera le Tour de France en 2050? La réponse des experts ici

Vous évoquiez la chimie pour améliorer les performances…

Mais le futur du dopage, c’est la biotechnologie. Comme on est dans recherche de la performance, on pourrait rajouter des séquences ADN, repérés chez un homme - comme les gènes d’Usain Bolt pour courir plus vite - ou chez un animal. J’ai écrit un roman Les Fables de L’Humpur, où les personnages sont des hybrides mi-animaux mi-humains. Et puis ce serait plus discret, ça ne se verrait pas dans les urines! C’est le dopage génétique, ultime et invisible.

Pensez-vous que le Tour de France sera diffusé de la même manière?

Ça dépendra beaucoup de l’évolution des médias. Dans mon cycle de science-fiction, «Wang», le média se substitue à tous les sens et devient une fabrique d’émotions que le sport peut procurer en direct. On peut imaginer une diversité de canaux pour suivre chacun des coureurs et pour s’identifier  avec le sportif de son choix, en étant branché en permanence avec eux. Et pourquoi pas des capteurs reliés au cerveau du sportif, pour ressentir sa douleur ou son effort. Chaque spectateur pourrait, comme dans un jeu vidéo, être le spectateur de la course et ressentir l’émotion du champion.

Verriez-vous le Tour se dérouler ailleurs que sur le sol français?

Non, pas plus que se dérouler comme un Tour virtuel avec des coureurs dans des cabines. Non, ce serait une perte s’il sortait des frontières, car c’est la redécouverte du territoire français. C’est une sorte de refuge dans le passé, car une redécouverte de la France éternelle et rurale. Surtout en période de crise, par exemple en littérature, les gens des rabattent vers la fantasy car elle fonctionne avec des archétypes: mage, princesse, guerrier... Le Tour de France a ce côté-là, rassurant: les clochers, les paysages, les routes…. La science-fiction est plus inquiétante car elle interroge le futur. Malgré l’amélioration du matériel, Le Tour de France a un aspect hors temps. Il conserve aussi une dimension mythologique avec ce besoin d’avoir des dieux vivants.