Homophobie dans le foot: Dans les centres de formation, un «ils ne savent pas grand-chose de l'homosexualité»

Romain Baheux

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Des jeunes joueurs de football lors d'une détection organisée par l'Istitut national du Football Français, à Clairefontaine, en mai 2011.
Des jeunes joueurs de football lors d'une détection organisée par l'Istitut national du Football Français, à Clairefontaine, en mai 2011. — F.FIFE/AFP

«Je dois bien avouer que vous êtes le premier à m’en parler.» Au bout du fil, le directeur du centre de formation de Lille Jean-Michel Vandamme est surpris par la nature des questions.  «Dans toutes les réunions que j’ai pu faire avec des formateurs, on n’a jamais discuté d’homosexualité.» Mis en lumière dans l’étude menée par le Paris Foot Gay, le rapport à l’homosexualité chez les aspirants footballeurs est très rarement, voire jamais évoqué, dans les pouponnières des futurs professionnels. Et peut représenter une gêne pour certains. La plupart des clubs contactés par 20 Minutes pour commenter l’étude n’ont d’ailleurs pas souhaité réagir.

Chez ces jeunes, l’homosexualité demeure un sujet très sensible. 50 % des pensionnaires de centre de formation interrogés dans l’étude ont une attitude hostile envers cette orientation sexuelle. «Ce chiffre m’étonne parce que je pense que l’ambiance dans les vestiaires a changé en vingt ans et que les choses se sont améliorées», explique Laurent Cadu, responsable du centre de formation de Châteauroux.  

Confrontés aux chiffres de l’étude, les formateurs se refusent pourtant d’accuser leur groupe d’homophobie. «Ils n’ont pas la maturité et le recul nécessaire pour aborder ce genre de sujet, souligne Jean-Michel Vandamme. Ils ne savent pas grand-chose de l’homosexualité.» 

Des insultes «qui n’ont pas la volonté de blesser» 

Chez les pros comme chez les jeunes, les joueurs ont parfois le verbe haut sur la pelouse ou dans les vestiaires. «Il n’y a pas de volonté de blesser l’autre quand ils se traitent de «pédés», raconte Nicolas Rabuel, entraîneur des moins de 19 ans de Boulogne-sur-Mer. Ils utilisent ce terme comme ils pourraient se traiter de cons.» «Ils ne mesurent pas leurs propos», abonde Laurent Cadu. Derrière les mots, il y a pourtant une réelle gêne autour de l’homosexualité pour certains, dans un milieu où 55 % des jeunes interrogés «auraient peur de se doucher avec un joueur homosexuel.» 

Dans ces conditions, réaliser son coming-out paraît, comme chez leurs aînés, quasiment impensable. «Je pense que le joueur ne le dirait pas au reste du groupe, analyse Nicolas Rabuel. Il aurait trop peur d’être isolé et d’être mis en marge de l’équipe.» «Ça serait difficile pour lui, il faudrait le protéger, poursuit Jean-Michel Vandamme. Ils vivent dans le milieu de celui qui court le plus vite ou frappe le plus fort. L’homosexualité peut être perçue comme quelque chose de contraire à cet état d’esprit, ce qui est complètement débile.» 

Des trois formateurs interrogés, seul Laurent Cadu se montre un peu plus optimiste. «Si on leur pose la question comme ça, ils vont peut-être se dire contre. Mais ça ne tiendra pas forcément à l’épreuve des faits, estime le Castelroussin. J’ai remarqué qu’ils pouvaient être solidaires entre eux quand l’un d’entre eux a vraiment des difficultés personnelles. Ils pourraient faire preuve de plus de tolérance.» Très peu se risquent à le tester.