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Vendée Globe : L'apothéose des deux duettistes

Vendée Globe : L'apothéose des deux duettistes

VOILELe public des Sables d'Olonne a fêté François Gabart mais aussi son dauphin, Armel Le Cléach...
Aux Sables-d'Olonne, Matthieu Goar

Aux Sables-d'Olonne, Matthieu Goar

La petite foule des médias, arrosée de champagne, attend sa première réaction. «Il est pas mauvais le petit jeune…», lâche Armel Le Cléach, le sourire figé aux lèvres. Un peu plus de trois heures après François Gabart, le skipper de Banque Populaire vient d’accoster au ponton des Sables d’Olonne. «Je suis content de la copie que j’ai rendue sur l’eau. Content à 99%. Je n’ai pas à rougir. François a été meilleur, c’est le jeu...», analyse Le Cléach fêté par le public qui patiente depuis des heures sans se lasser.

Le Cléach a lui aussi fait un tour du monde quasiment sans faute. Lui aussi a mis moins de 80 jours pour faire le tour de la planète. En 78 jours, il a mis 10 jours de moins qu’il y a quatre ans. Mais voilà, il termine une nouvelle fois deuxième. Devant lui, François Gabart, 29 ans, plus jeune vainqueur de l’histoire de cette course. En début d’après-midi, après avoir fait languir les amateurs, la faute à une brise évanescente, le petit prince blond a été acclamé. L’émotion à fleur de peau, il a été parfait jusqu’au bout dans une lente remontée du chenal, rythmée par les feux d’artifice, les saluts à la foule et les retrouvailles avec sa famille. «J’ai été surpris [de l’accueil du public], je ne m’attendais pas à ca. Si jamais il n’y avait pas tout ça, je me dirais qu’on est fous, que ça ne sert à rien. C’est peut-être de la folie, mais ça sert à quelque chose», explique le skipper de Macif avant de se faire emporter par la foule.

Silences stratégiques avant des retrouvailles arrosées?

Réponses à CNN, photos avec son team, podium, conférence de presse pieds nus, la transition entre la vie solitaire et le triomphe est radicale. «J’avais vraiment envie de quitter ses bottes que je porte depuis plusieurs jours», rigole Gabart qui n’oublie pas son dauphin: «Je voulais remercier Armel. Sans lui, mon Vendée n’aurait pas été aussi exceptionnel.» Pendant plus de 78 jours, les deux hommes se sont livrés à un duel d’une intensité rare. Les 3 heures 16 minutes qui les séparent à l’arrivée constituent le plus petit écart entre les deux premiers. «Tout s’est joué au large du Brésil, j’ai tenté de refaire mon petit retard dans une dépression orageuse, ça ne l’a pas fait mais je n’ai pas à rougir», analyse à chaud Le Cléach. «Il faut bien se rendre compte de leur performance. Tous seuls, ils réalisent des moyenne semblables à une goélette de 45 mètres que j’avais construites il y a 20 ans pour un équipage, c’est assez fort», analyse Titouan Lamazou, premier vainqueur en 1990 en 109 jours.

De ce mano a mano , on retiendra aussi les silences stratégiques dont les deux skippers ont usé lors de cette course. A peine revenus à terre, ils dévoilent peu à peu les incidents qu’ils ont cachés: moteur souffreteux dès la première semaine de course puis une voile déchirée pour Gabart qui n’a pourtant cessé d’étaler sa bonne humeur lors des vacations quotidienne. Hydrogénérateur arraché, voiles coincées et deux ascensions en haut du mat pour Le Cléach. «J’ai commencé à garder les choses pour moi au fur et à mesure de la course. On s’est de plus en plus tiré la bourre et c’est devenu de la pure compétition. A ce moment-là, ça devient trop difficile pour que tu te permettes de donner des choses à l’adversaire», explique Gabart. Nul doute que ces deux-là auront des choses à se raconter lors de la soirée commune organisée par leur sponsor, dimanche soir. L