Six moments clés dans la lutte contre le tabac
Santé et Société•En France, la part de fumeurs quotidiens est passée de plus de 30% dans les années 1990 à 25,3% en 2021 chez les 18-75 ans
Depuis plusieurs décennies, une succession d’actions ont permis de changer le regard de la société sur la cigarette et donc de donner envie aux fumeurs de stopper le tabac. Retour sur 6 moments clés de cette mobilisation.
1991 - Loi Evin dans la publicité
110 000 morts chaque année liés au tabac. Voilà le terrible constat dressé en 1989 par les professeurs Albert Hirsch, Claude Got, François Grémy, Gérard Dubois et Maurice Tubiana dans un rapport remis au Ministre des affaires sociales et de la santé Claude Evin. Une alerte qui sera entendue par les autorités. En janvier 1991, la loi Evin instaure une série de mesures visant à réduire la consommation de l'alcool et du tabac, en particulier chez les jeunes. L’une des décisions fortes porte sur l’interdiction de la publicité et du parrainage pour le tabac. D'autres mesures comme l'étiquetage de messages sanitaires dissuasifs (“Fumer nuit gravement à la santé”) ou l’interdiction de la vente en distributeurs automatiques sont également imposées par ce nouveau texte.
2001 - Les campagnes de prévention montent le ton
Si les premières campagnes de prévention contre les dangers du tabac remontent au milieu des années 1970, c’est au début des années 2000 que celles-ci changent de ton. Ainsi, la tonalité des messages devient moins injonctive et incite plus à la réflexion et à la discussion. Objectif : renforcer la prise de conscience des Français en alertant davantage sur les risques encourus par les fumeurs. En 2001, la campagne “Révélation” du CFES (ancêtre de Santé publique France) diffuse par exemple un message choc aux heures de grande écoute : "Avis aux consommateurs : des traces d'acide cyanhydrique, de mercure, d'acétone et d'ammoniac ont été détectées dans un produit courant”. Un effort de communication qui se poursuivra tout au long des années 2000 et dont la tonalité évoluera des risques aux bienfaits de l’arrêt.
2007 - Interdiction de fumer dans les lieux publics
Qu’il semble déjà loin le temps où tous les lieux publics étaient embrumés par les nuages de cigarettes. En février 2007, le décret « Bertrand » fondé sur la loi Evin mettait en place l’interdiction de fumer dans les lieux clos à usage collectif (gares, hôpitaux, écoles, lieux de travail…). Une mesure élargie, en janvier 2008 à l’ensemble des bars, restaurants, discothèques et hôtels. Quinze ans plus tard, impossible de ne pas mesurer les effets positifs de cette loi. Plus personne ne subit les effets néfastes de la cigarette se rendant dans des espaces collectifs clos. Mieux, cette interdiction a bousculé les comportements des Français vis-à-vis du tabac. Par exemple, lors d’un dîner entre amis, la plupart des fumeurs ont désormais pris l’habitude de fumer à l’extérieur ou à la fenêtre pour ne plus déranger les autres personnes. Une discipline qui s'applique également dans les véhicules en présence d'un mineur depuis 2016 et dans les jardins d'enfants depuis 2015.
Demain sans tabac
2009 - Interdiction de vente de tabac aux moins de 18 ans
Plutôt que d’arrêter de fumer, il est encore plus simple de ne jamais commencer. C’est en partant de ce principe simple que l’Etat a décidé, en 2009, d’interdire par la loi la vente de produits du tabac aux mineurs. Une mesure dont l’application représente un véritable enjeu de santé publique. Selon les chiffres de l’Observatoire Français des Drogues et des Tendances addictives (OFDT), plus de 100 000 jeunes Français commencent à fumer en France chaque année, avec un âge moyen d’entrée dans le tabagisme autour de 14-15 ans. Des jeunes fumeurs qui risquent malheureusement de grandir avec la cigarette. Le Comité National Contre le Tabagisme estime ainsi que “lorsque trois enfants expérimentent le tabac, deux sur trois au moins seront consommateurs de tabac une partie de leur vie”. Cependant, la prévalence du tabagisme quotidien chez les jeunes a nettement diminué ces dernières années. A 17 ans, elle est passée de 25,1% en 2017 à 15,6% en 2022.
Janvier 2017 – Obligation du paquet neutre
Destiné à dégrader l’image des cigarettes chez les fumeurs et à éviter l’entrée dans le tabagisme, le conditionnement dit du « paquet neutre » a été mis en place en mai 2016, avant de devenir obligatoire en janvier 2017. Il se matérialise par la suppression de tout effet de marketing. Un an après sa mise en place, Santé publique France estimait que la part des fumeurs déclarant que leur paquet de cigarettes leur plaisait était passée de 53% à 16%. Mieux, 12% des consommateurs de tabac avouaient être gênés par le fait de sortir leur paquet contre 6% avant la mise en place de cette mesure. Enfin, une étude réalisée par l’Inserm a démontré que seulement un jeune de 12 à 17 ans sur cinq (21%) avait déjà expérimenté le tabac l’année après la mise en place du paquet neutre. Un an plus tôt, ce chiffre était estimé à un jeune sur quatre (26%). Pari gagné pour le paquet neutre.
2020 - Le paquet de cigarettes à 10 euros
En novembre 2020, la mobilisation contre les dangers du tabac en France vivait une étape importante avec une nouvelle hausse des prix plaçant la plupart des paquets de cigarettes au-dessus du seuil de 10 euros. Coïncidant avec le début du Mois sans tabac, cette mesure s’inscrivait dans la lignée des nombreuses hausses enregistrées depuis le début des années 2000. Avec un principe simple : plus le tabac est cher, plus les fumeurs s’en détournent. Dans le même temps, les fumeurs quotidiens vont avoir tendance à limiter leur consommation ou à envisager davantage un arrêt de la cigarette. Enfin, les jeunes - dont les revenus sont généralement faibles - sont encore moins incités à commencer à fumer.
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