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« Black Myth Wukong » sert-il de propagande antiféministe et prochinoise ?

« Black Myth Wukong » : Le jeu vidéo sert-il de propagande antiféministe et prochinoise ?

Jeu vidéoDes recommandations déplacées aux influenceurs ont conduit certains internautes à dénoncer les pratiques de Game Science
Quentin Meunier

Quentin Meunier

L'essentiel

  • Game Science, les développeurs du jeu Black Myth Wukong, ont envoyé une liste de recommandations problématiques aux influenceurs en même temps que des clés d’activation pour tester le jeu.
  • Parmi elles, il ne faut pas évoquer la crise sanitaire liée au Covid-19 ou la « propagande féministe ».
  • Ce genre de brief n’est habituellement envoyé que dans le cadre de collaborations commerciales, pas pour de simples tests.

C’était la sortie de l’été et de la rentrée. Black Myth Wukong a débarqué sur console et PC le 19 août. Ce jeu d’action-aventure, qui reprend La pérégrination vers l’ouest, un classique de la littérature chinoise, marque aussi l’entrée de l’Empire du milieu dans le game des grosses productions vidéoludiques pour consoles et PC, alors qu’il était jusque-là plus habitué aux sorties mobiles. Seulement, quelques polémiques sont venues dessiner des ombres à ce tableau idyllique, comme l’a rapporté la matinale de France Culture, mardi.

Quelques jours avant la sortie, un mail reçu par plusieurs influenceurs vient mettre le feu aux poudres. Il contient une clé d’activation pour tester le jeu Black Myth Wukong mais aussi une étonnante liste de recommandation, des « Do & Don’t » (à faire/à ne pas faire) dans le cadre d’une présentation du jeu. Dans la deuxième catégorie, plusieurs demandes font froncer les sourcils : « Ne PAS inclure de propagande féministe », « Ne PAS utiliser de mots comme "quarantaine", "isolation" ou "Covid-19" », « Ne PAS parler des actualités, des opinions ou des politiques vidéoludiques de la Chine ».

« Une ambiance délétère autour de cette sortie »

« C’est un jeu très attendu, très surveillé », reconnaît Yohan « Panthaa » Bensemhoun, créateur de contenus et présentateur sur Jeuxvideo.com. Déjà, par l’attente des fans face à la sortie d’un jeu ambitieux. Mais aussi car le site américain IGN a publié, en novembre 2023, un article dénonçant la politique et les propos problématiques de certains membres de Game Science, les développeurs de Black Myth Wukong. Entre autres, l’article cite par exemple des propos de Yang Qi, l’un des cofondateurs du studio, qui expliquait que les hommes et les femmes n’aimaient pas les mêmes jeux pour des « raisons biologiques ». « Mais, d’après d’autres sources, les propos ont été mal traduits par IGN, reprend Panthaa. En bref, il y a une ambiance un peu délétère autour de cette sortie. »

Par-dessus ça, le jeu a un peu raté sa période de lancement, en refusant d’abord sèchement de distribuer des copies du jeu aux influenceurs, puis en les envoyant avec ces consignes. Côté presse spécialisé, l’opération rame aussi. « Jeuxvideo.com a reçu le jeu un peu bugué, donc nous n’avons pas pu terminer le test avant la levée de l’embargo », détaille par exemple Panthaa. Les journalistes, eux, n’ont pas reçu ces recommandations. « On n’a jamais reçu ce genre de demande pour aucun jeu, poursuit le présentateur. La seule chose que la presse reçoit, c’est un contrat qui convient plutôt du timing pour révéler tel ou tel élément : un test écrit, un test vidéo, une soluce… »

Le monde fébrile face à la Chine

Pour les influenceurs, le contexte est un peu différent. « Les créateurs de contenus ne reçoivent ce genre de brief que dans le cadre de collaboration commerciale » où ils sont payés pour faire la promotion du jeu, et pas un simple test, affirme Panthaa. ExServ, vidéaste et ancien journaliste, a publié une vidéo sur l’affaire où il affirme : « Ce n’est pas un contrat, ça ne nous engage pas légalement [mais] en quinze ans de métier je n’ai jamais vu un truc aussi honteux. » De son côté, le Joueur du grenier, un autre créateur de contenu, estime qu’il s’agit de conditions assez classiques dans les collaborations commerciales entre influenceurs et éditeurs de jeu vidéo - excepté le passage sur la « propagande féministe ».

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Comment expliquer ce plantage ? D’abord, parce que Game Science a fait le choix de l’autoédition pour ce premier jeu à gros budget, et assure donc la communication sans l’aide d’une entreprise expérimentée, notamment sur les marchés occidentaux.

Surtout, Wukong représente une petite révolution dans le monde du jeu vidéo grand public. « Le marché asiatique est très chaud en ce moment : la Corée du Sud s’est mise à faire des jeux impressionnants pour consoles et PC, la Chine aussi, analyse Panthaa. Ce sont des projets qui n’ont rien à envier aux productions occidentales. Je pense que cet effet de nouveauté rend le milieu fébrile. » Malgré les secousses, le pari semble réussi : le jeu affiche un score de 81/100 sur l’agrégateur Metacritic, et a été vendu à 10 millions de copies en trois jours.