Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
Pourquoi le livre « Gouines » s’appelle « Gou*nes » sur Instagram ?

Pourquoi le livre « Gouines » s’appelle « Gou*nes » sur Instagram ?

CENSURESur Instagram, le titre de l’ouvrage « Gouines », paru vendredi dernier aux éditions Points, a été modifié afin d’éviter que la plateforme ne supprime les publications parlant du livre. Explications
Elise Martin

Elise Martin

L'essentiel

  • Un astérisque a dû être ajouté au titre Gouines sur la couverture de l’ouvrage collectif du même nom sur les réseaux sociaux pour contourner les algorithmes qui considèrent le terme « gouine » comme une insulte et le censurent.
  • Selon les autrices Maëlle Le Corre et Marie Kirschen, le terme « lesbienne » a été trop associé à la pornographie hétérosexuelle, lui donnant une connotation « sale ».
  • Heureusement, avec le travail de collectif tel que SEOLesbienne, « les choses sont en train de changer » sur les moteurs de recherche comme Google.

«''G O U ! N E S'' sera bien écrit en toutes lettres sur le livre », rassurait Maëlle Le Corre le 10 septembre dernier pour annoncer la sortie de l’ouvrage collectif Gouines, qu’elle a co-coordonné avec Marie Kirschen et qui est sorti vendredi aux éditions Points.

Si elle a dû faire cette « petite précision » sur « l’astérisque planté au milieu du titre » sur la couverture publiée sur Instagram, c’est parce que le terme est « considéré comme une insulte et donc interdit par les algorithmes », écrivent les éditions Points sur leur compte. L’astérisque est donc visible « uniquement sur les réseaux sociaux pour ne pas risquer de voir [nos] publications supprimées », est-il ajouté pour expliquer cette « censure ».

« On passe dans une autre dimension dès qu’il y a le mot ''lesbienne'' quelque part »

« Malheureusement, les algorithmes n’ont pas réussi à intégrer le fait que pour certains termes, il pouvait y avoir cet effet du retournement du stigmate et de réappropriation de l’insulte, précise Marie Kirschen. On a donc été obligé de modifier les visuels, avec un petit astérisque à la place d’une lettre pour contourner cet aspect et faire la promotion sur nos réseaux sociaux. »

Lorsque Pédés est sorti il y a un an et demi, les auteurs avaient dû procéder à la même manipulation. « Autant, ''pédé'' était censuré, autant je ne pense pas qu’il y ait de restrictions sur le terme ''gay'', qui peut être utilisé à la place », note Maëlle Le Corre. Ce qui n’est pas le cas pour l’usage du mot « lesbienne » sur les réseaux sociaux.

« À titre d’exemple, les co-autrices du livre Le Déni lesbien Sophie Pointurier et Sarah Jean-Jacques ont dénoncé l’invisibilisation de la communication autour de leur livre sur Instagram du fait de l’utilisation du mot lesbienne. C’est tristement ironique et paradoxal quand justement l’objet de leur travail est d’analyser les mécanismes d’effacement des lesbiennes dans l’espace médiatique. »

Les autrices ont effectivement été victimes d’un shadow ban. Une pratique des plateformes qui consiste à bloquer le ou l’utilisatrice, ou sa production, à l’insu de la personne concernée, en raison de l’utilisation du mot « lesbien », censuré par les réseaux sociaux. « Il est déplorable de devoir encore contourner ces mots en utilisant : l€sbien, Lesbi3nne… », constatent-elles.

Le terme « lesbienne » associé à du « porno »

Quel est le problème avec « lesbienne » ? « C’est un terme qui a été très associé à la pornographie hétérosexuelle et ce mot a fini par avoir une connotation ''sale'' », développe Marie Kirschen. Elle rappelle que, pendant très longtemps, lorsqu’on tapait « lesbienne » sur Google, on tombait « que sur du porno ».

« Ce n’est pas normal que, quand une jeune femme veut se renseigner sur l’identité et la culture lesbienne, elle tombe avant tout sur des contenus pornographiques, pointe-t-elle. Heureusement, grâce au travail de collectifs, comme SEOLesbienne, c’est en train de changer. »

Pour avoir testé, les deux premières pages du moteur de recherche ne proposaient aucun contenu pornographique. Sachant que la troisième page google n’est visitée en moyenne que par 1,1 % des internautes, le pari est presque gagné.