Indonésie : La haine en ligne fait monter le sentiment anti-Rohingyas
Réseaux sociaux•Un torrent de désinformation en ligne suscite le rejet de cette minorité ayant fui la BirmanieH. B. avec AFP
Après des semaines en mer dans un bateau de fortune, des centaines de réfugiés rohingyas, en provenance des camps du Bangladesh, ont été rejetées par des habitants dans l’ouest de l’Indonésie. Cette minorité persécutée, ayant fui la Birmanie, a pourtant longtemps été bien accueillie dans la province indonésienne d’Aceh. Les habitants faisaient preuve de compassion envers ces réfugiés, dont le sort leur rappelait la longue période de conflits traversée par la province.
Mais ces derniers mois, c’est avec hostilité qu’a été accueillie une vague de plus de 1.500 réfugiés. Un torrent de désinformation en ligne a suscité un sentiment anti-rohingya dans l’archipel d’Asie du Sud-Est, des discours de haine et des attaques, selon les experts.
Les vidéos anti-rohingya se sont multipliées depuis fin 2023
Sur les réseaux sociaux, les vidéos anti-Rohingya se sont multipliées depuis fin 2023, avec plus de 90 millions de vues sur TikTok rien qu’en novembre, selon Hokky Situngkir, analyste du réseau social à l’Institut Bandung Fe. Cela a commencé par des gros titres de médias locaux sur l’arrivée des Rohingyas, présentés comme criminels ou peu respectueux, a-t-il expliqué. Ce discours, repris par des dirigeants locaux, est devenu viral et a débouché sur de nombreuses fausses informations.
Certaines vidéos prétendaient notamment montrer des embarcations surpeuplées transportant des Rohingyas vers l’Indonésie. Visionnées des millions de fois, elles présentaient en fait des passagers de ferries au Bangladesh. Une autre vidéo a affirmé que les Rohingyas avaient endommagé un centre de réfugiés sur l’île de Java. Les autorités ont certifié que les coupables n’étaient pas rohingyas.
Ces vidéos mises en ligne sur TikTok et la plateforme vidéo Snack, ont été republiées sur Facebook et par des médias locaux avec une large audience, augmentant ainsi la portée de la désinformation.
Une campagne en ligne coordonnée
Sur TikTok, des dizaines de faux comptes attribués au HCR ont inondé de commentaires des vidéos montrant des Rohingyas. L’un d’entre eux, présenté faussement comme écrit par l’agence de l’ONU, proposait d’offrir aux Rohingyas « une île vide pour qu’ils puissent y vivre ». Un message indiquant que le vice-président Ma’ruf Amin avait fait la même proposition a été vu trois millions de fois. « C’est non ! Il vaut mieux les expulser, cela ne sert à rien de les mettre à l’abri », a ainsi commenté un compte vérifié.
Ismail Fahmi, analyste pour le cabinet de monitoring des réseaux sociaux Drone Emprit, souligne que ce récit « semble coordonné » mais est présenté comme s’il « était spontané ». La campagne a été initiée avec des comptes anonymes, puis plusieurs utilisateurs avec beaucoup d’abonnés ont répondu avec des messages anti-rohingya, poussant le sujet en ligne, a-t-il expliqué.
Le sentiment anti-Rohingya « semble énorme quand on l’observe sur les réseaux sociaux », relève Azwir Nazar, un représentant des pêcheurs d’Aceh. Mais, « en réalité, dans notre vie quotidienne, les choses semblent normales ».


















