Vie privée et pub ciblée: L'Europe veut faire plier Facebook

WEB Une nouvelle directive de la Commission européenne devrait être introduite fin janvier et empêcher le réseau social de proposer des publicités ciblées grâce à la collecte d'informations privées, s'il n'a pas le consentement préalable des utilisateurs...

A.G.

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La page «Timeline» du nouveau profil Facebook, dévoilé le 22 septembre 2011 par Mark Zuckerberg.
La page «Timeline» du nouveau profil Facebook, dévoilé le 22 septembre 2011 par Mark Zuckerberg. — FACEBOOK

Viviane Reding, la vice-présidente de la Commission européenne, est inquiète. La façon dont Facebook collecte les informations sur ses membres (opinions politiques, croyances religieuses, activités sur le réseau social) et les met à disposition des annonceurs pour pouvoir cibler leurs publicités, a des implications préoccupantes pour la vie privée de chacun. Car Facebook sait tout sur ses membres et n’a pas seulement recours aux champs qu’ils ont remplis lors de leur inscription sur le réseau social. Après enquête, le Sunday Telegraph s’est rendu compte que le site collectait également des détails sur leurs amis, leur famille, leur parcours scolaire, et prenait en compte leurs échanges sur Facebook. Le réseau social serait également capable de détecter les changements dans leur vie. Ainsi, il est possible pour des annonceurs de proposer une publicité pour des photographes professionnels à une future mariée, par exemple. La musique que les utilisateurs de Facebook écoutent (via Spotify, entre autre) est aussi une donnée mise à disposition des annonceurs. Une seule chose serait gardée secrète selon Facebook: l’identité des internautes traqués. Le réseau social a indiqué au Telegraph que les annonceurs ne voyaient «qu’un agglomérat d’informations anonymes». S’ils ne peuvent pas dire qu’ils veulent que telle publicité s’affiche chez telle personne, ils peuvent en revanche donner une description très détaillée de leurs  «cibles» (âge, ville, etc).

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La Commission européenne souhaite toutefois que cette pratique cesse si le site Internet ne demande pas leur consentement au préalable à ses utilisateurs. Elle prévoit une nouvelle directive, qui doit aller dans ce sens. En révisant ainsi la directive européenne de 1995 sur la protection des données personnelles, jugée «obsolète» par plusieurs parlementaires européens, la Commission espère faire pression sur le réseau social, et par la même occasion sur d’autres entreprises américaines. Ses propositions seront connues d’ici la fin janvier 2012.

Des règles plus strictes pour encadrer la publicité comportementale

La commission européenne demande deux choses en particulier:  que la publicité comportementale ait des règles plus strictes et que Facebook soit plus transparent. «Les utilisateurs doivent savoir quelle donnée est collectée et traitée et dans quel but», a indiqué Viviane Reding. «Les consommateurs européens devraient voir leurs données protégées de manière forte, quel que soit le pays dans lequel les entreprises qui traitent leurs données personnelles sont établies». 

Le groupe de travail sur la protection des données à caractère personnel, organe consultatif européen indépendant sur la protection des données et de la vie privée, doit se réunir cette semaine pour faire un «état des lieux» concernant Facebook, indique le Telegraph. Il sera notamment question de l’audit sur les pratiques de l’entreprise mené en ce moment par l’autorité irlandaise de protection des données, le QG international de Facebook se trouvant en Irlande. Pour ce groupe de travail, «les gens ne sont pas au courant» de cette « pratique répandue». Pourtant, les 800 millions d’internautes qui sont inscrits à Facebook acceptent de laisser l’entreprise utiliser leurs données personnelles, sans forcément en être conscient: au moment de l’inscription, le futur utilisateur approuve un contrat de 4.000 mots qui autorise Facebook à le faire.

D’après le Telegraph, même si les serveurs du site qui contiennent toutes les informations sur ses membres se trouvent aux Etats-Unis, le réseau social de Mark Zuckerberg pourrait obtenir une amende très conséquente ou faire face à une poursuite judiciaire en Europe s’il ne respecte pas la nouvelle directive qui doit voir le jour. Mais Facebook se pliera-t-il aussi facilement aux souhaits de la Commission européenne? Lou Kerner, un analyste interrogé par le Wall Street Journal en mai dernier, affirmait que la richesse de Facebook s’explique par «une forte croissance de ses revenus publicitaires sur le Web». Une richesse qui doit permettre son entrée prochaine en bourse, qui pourrait intervenir avant Noël, selon Forbes.