01:28
La nouvelle guerre des mobiles est lancée
TELEPHONIE•En annonçant son intention de développer son propre système d'exploitation, Orange pourrait bouleverser le secteur...Sandrine Cochard
Orange va-t-il relancer la guerre des OS (système d’exploitation) pour mobile? Alors que ce marché en plein essor a connu un tournant avec iOS (Apple) et Android (Google), le Français Orange entend bien se réserver une part du gâteau et rendre aux opérateurs leur pouvoir d’antan. Explications.
Manne financière
Pour Orange, développer un nouvel OS lui permettrait de reprendre la main sur ses clients. «Les opérateurs ont longtemps fait la pluie et le beau temps chez les constructeurs car ils avaient le pouvoir de choisir quels terminaux seraient mis en avant dans des packs. Si un terminal n’était pas retenu, il était mort. Avec l’iPhone, Apple a inversé ce rapport de force», explique Sofian Nouira, rédacteur en chef de Mobiles magazine.
La firme de Steve Jobs a en effet imposé aux opérateurs son produit: impossible pour eux de ne pas proposer cette nouvelle technologie devant laquelle le monde entier salivait, quitte à se plier aux exigences drastiques d’Apple. C’est ainsi que les opérateurs ont accepté de vendre l’iPhone sans toucher un centime sur les revenus colossaux générés par l’App Store.
En clair, les opérateurs sont devenus de simples intermédiaires. «Ils ne contrôlent ni la mise à jour de l’OS, ni le marché des applications. Ils perdent la main sur leurs clients», note Jérôme Tranié, co-fondateur de Mobifrance.com. Car «aujourd’hui, ce qui fidélise un client, ce sont les applications», assure Guillaume Champeau, directeur de la publication du site spécialisé Numerama. Pire: les opérateurs voient la manne financière que représente le marché des applications – l’App Store enregistre à lui seul plus de 6,3 milliards de téléchargements au total - leur échapper puisque les consommateurs vont directement s’abreuver auprès des fabricants. «Sur la vente de contenus, les opérateurs ne touchent rien ou très peu», confirme Guillaume Champeau.
Union sacrée
D’où cette volonté de réfléchir, avec les opérateurs européens Vodafone, Telefonica et Deutsche Telekom, «à la création d'un système d'exploitation, qui est le cheval de Troie utilisé par les Google et autre Apple pour établir leur propre relation avec nos clients», a annoncé Stéphane Richard, directeur général d’Orange, au Figaro, jeudi «Nous ne voulons pas être des suiveurs mais reprendre les rênes dans l'innovation», martèle-t-il.
Mais ont-ils les moyens de leurs ambitions? «Développer un système d’exploitation prend plusieurs années, par exemple, Windows mobile 7 est un projet de 5 ou 6 ans», souligne Jérôme Tranié qui reconnaît toutefois que ces quatre leaders européens sont des opérateurs puissants. «À nous quatre, nous pesons près d'un milliard de clients et avons une vraie force de frappe et capacité d'influence sur l'industrie», prévient d’ailleurs Stéphane Richard. Ce projet commun – dont la forme (société commune, petite usine à applications communes…) n’est pas encore choisie – pourrait même aboutir en quelques mois «si les opérateurs optent pour une base open source existante», selon Guillaume Champeau.
Ce nouvel arrivant pourrait donc venir taquiner Nokia, toujours leader mondial sur ce marché, RIM (Blackberry), Apple, Google, Samsung et Microsoft (qui doit dévoiler prochainement son Windows 7). «Le lancement de Bada, le tout nouveau système d'exploitation pour smartphone de Samsung que l'on trouve dans le Wave, prouve qu’il y a encore des opportunités sur ce marché», souligne Sofian Nouira. A condition que les opérateurs – qui interviendraient alors à tous les maillons de la chaîne - ne soient pas taxés d’abus de position dominante, avertit Guillaume Champeau. Nul doute que les acteurs du secteur auront cet argument en tête.



















