« Petite frappe », « hyène folle »… Le chercheur Antoine Bondaz pris pour cible par l’ambassade de Chine sur Twitter

CONFLIT Antoine Bondaz a récemment dénoncé des pressions chinoises sur des parlementaires français souhaitant se rendre à Taïwan

20 Minutes avec AFP

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Capture d'écran du compte Twitter de l'ambassade de Chine en France.
Capture d'écran du compte Twitter de l'ambassade de Chine en France. — Capture d'écran / Twitter

« Petite frappe », « hyène folle », « troll idéologique »… L’ambassade de Chine à Paris s’est déchaînée contre un chercheur français jugé trop critique à l’encontre de Pékin, s’attirant une volée de protestations.

L’escalade est partie d’un tweet de l’ambassade vendredi, traitant Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), de « petite frappe » pour avoir dénoncé des pressions chinoises sur des parlementaires français souhaitant se rendre à Taïwan. Experts en géopolitique et élus français ont alors pris la défense de ce spécialiste de la Chine, en conflit ouvert avec l’ambassade depuis des mois (elle lui a bloqué l’accès à son compte Twitter).

Une campagne dénoncée par le chercheur

« Certains reprochent à l’Ambassade de Chine d' « agresser » un « chercheur indépendant ». En réalité (…) il est juste un troll idéologique », a répliqué dimanche l’ambassade sur son site Internet, lui reprochant d’être pro-taïwanais. Elle s’en est prise aussi aux « hyènes folles » qui « s’affublent des habits de chercheurs et de médias et s’en prennent furieusement à la Chine ».

L’ambassade a nié avoir outrepassé les usages diplomatiques, alors que certains réclament un geste fort de protestation du ministère français des Affaires étrangères. La diplomatie c’est « défendre les intérêts et l’image de son pays », a-t-elle lancé. Antoine Bondaz a une nouvelle fois dénoncé dimanche ces emportements, déplorant « un sentiment d’impunité totale » et une « rhétorique décomplexée » de la diplomatie chinoise à l’étranger. L’ambassade est coutumière des piques, sinon attaques en règle à l’encontre des détracteurs de la Chine.

L’ambassadeur Lu Shaye s’était récemment déclaré « fermement opposé » à une visite de parlementaires français à Taïwan. « Les parlementaires français décident librement de leurs projets de déplacement et de leurs contacts », a répliqué le Quai d’Orsay. La République populaire de Chine considère ce territoire comme une de ses provinces et menace de recourir à la force en cas de proclamation formelle d’indépendance sur l’île, soutenue par les Etats-Unis.

La France réagit

Le ministère français des Affaires étrangères a dénoncé ce lundi les « propos inacceptables » de l’ambassade de Chine envers un chercheur et des parlementaires français et annoncé qu’elle allait convoquer l’ambassadeur pour le lui signifier.

« Les insultes contre des chercheurs indépendants et la polémique avec des élus de la République sont inadmissibles et n’ont aucune place dans les relations que l’ambassade de Chine est chargée de contribuer à développer entre la France et la Chine », a déclaré la porte-parole de la diplomatie française.

Les diplomates chinois sont « tenus de respecter le principe de séparation des pouvoirs, ainsi que l’ensemble des lois de la République », a ajouté Agnès von der Mühll, en déplorant notamment des « menaces à l’encontre de parlementaires » qui projettent un déplacement à Taïwan.