« Invasifs et rigides », les logiciels anti-triche mettent les étudiants sous pression

SURVEILLANCE Découvrez, chaque semaine, une information de notre partenaire L’ADN. Aujourd’hui sont évoqués les travers – et les failles – des logiciels de surveillance d’examens, encore marginaux en France mais très utilisés aux États-Unis

20 Minutes avec L'ADN

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Une étudiante et ses outils
Une étudiante et ses outils — © StartupStockPhotos / Pixabay
  • L’usage des logiciels de surveillance « scolaire » tend à se généraliser depuis l’apparition de la pandémie de Covid-19, selon l’article de notre partenaire L’ADN.
  • Leur technologie, « trop rigide », contraint les étudiants surveillés à se focaliser sur leur propre comportement.
  • Ces logiciels sont de plus en plus contestés, sans grands résultats jusqu’à présent.

Proctorio, ProctorU, ExamSoft… Les logiciels de surveillance utilisés pour contrôler les examens se sont généralisés aux États-Unis depuis le début de la pandémie. Sur les réseaux sociaux et dans la presse américaine, des étudiants rapportent des situations de stress, des dysfonctionnements du logiciel, des exemples de fonctionnalités invasives, et des inégalités face à ces nouveaux outils numériques.

Ces logiciels, dont le but est de détecter d’éventuelles triches, peuvent entre autres : faire un scan à 360 degrés de la pièce dans laquelle se trouve l’étudiant, suivre son regard via la webcam, détecter les mouvements de sa souris, de sa bouche, un bruit dans la pièce, enregistrer des extraits vidéos et captures d’écran lorsqu’un comportement paraît suspect (si l’élève détourne son regard de l’écran plus régulièrement que d’autres élèves travaillant pour le même examen par exemple)…

Un zéro pour avoir lu la question à voix haute

Des fonctionnalités rigides qui donnent lieu à des situations absurdes. Sur Tik Tok, une étudiante en larmes raconte qu’elle a obtenu zéro à son examen car ProctorU a identifié un cas de triche alors qu’elle répétait juste la question à voix haute.

Dans un article du New York Times, plusieurs étudiants racontent être angoissés par la surveillance permanente imposée par le logiciel. « Le simple fait que les professeurs puissent me voir avoir mes tics, encore et encore, ressemble à une invasion de la vie privée car c’est quelque chose que toute ma vie, j'ai réussi à cacher», explique une étudiante, qui souffre de mouvements involontaires de la bouche.

Bug et discrimination

Par ailleurs certains élèves estiment être victimes de discriminations à cause de ces logiciels. Dans Venture Beats, une étudiante à la peau noire explique être obligée de sur éclairer son visage avec une lumière qui lui donne des maux de tête, dit-elle, pour que l’algorithme de reconnaissance faciale d’ExamSoft reconnaisse son visage.

La situation est aussi compliquée pour les étudiants qui peuvent difficilement trouver un endroit au calme chez eux pour travailler. Ils craignent que le logiciel détecte les bruits aux alentours et les considère comme une tentative de triche.

En France, la fronde de HEC contre la télésurveillance

Sur les campus, des étudiants s’organisent pour réclamer la suppression de ces logiciels de télésurveillance, rapporte Vice. Des pétitions ont été signées par des étudiants dans différents états dont la Californie, l’Illinois, l’Oregon...

En France l’utilisation de la télésurveillance par certains établissements pendant le confinement a également défrayé la chronique. Fin mai, près de 300 étudiants de HEC ont écrit une lettre à la direction pour dénoncer l'utilisation de Proctorio et de Zoom pour surveiller les examens. Suite à cette initiative, la direction de HEC a décidé de maintenir l’utilisation du logiciel, mais a donné la possibilité aux élèves de passer l’examen sur place fin août, explique France Inter.

Les universités et écoles contraintes de réduire leur capacité d'accueil

Avec la reprise de l’épidémie sur le territoire, les établissements de l’enseignement supérieur situés en zone d’alerte renforcée et en zone d’alerte maximale doivent depuis mardi 1er octobre réduire leur capacité d’accueil à 50%. Certains établissements comme Rennes School of Business ou l’EM Strasbourg, dont plusieurs élèves ont été contaminés, ont déjà fait le choix de fermer leur campus ou de basculer une partie conséquente de leurs élèves en distanciel (1000 élèves pour l'EM Strasbourg). La question du déroulé des examens à distance et de leur mode de surveillance pourrait se poser à nouveau.
 

L’article original a été rédigé par Marine Protais et publié sur le site L'ADN.