«L’arche métallique n’est pas une cloche pour cacher le réacteur»

Propos recueillis par Mohamed Najmi

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La dernière étape reste l'installation de l'arche au dessus du sarcophage initial. Sous l'arche, les ingénieurs devront implémenter des moyens de levage et d'éclairage pour la prochaine étape: démanteler à distance les morceaux du sarcophage et le réacteur.
La dernière étape reste l'installation de l'arche au dessus du sarcophage initial. Sous l'arche, les ingénieurs devront implémenter des moyens de levage et d'éclairage pour la prochaine étape: démanteler à distance les morceaux du sarcophage et le réacteur. — Vinci

La communauté internationale se mobilise pour sécuriser Tchernobyl. C’est le projet «Chernobyl Shelter». Un consortium international attaque la préparation du démantèlement du réacteur numéro 4 qui a explosé le 26 avril 1986. Jean-Louis Lemao dirige le projet chez Vinci et dévoile les dessous du projet pour 20minutes.fr

Pourquoi avoir attendu autant de temps pour s’occuper du site?
C’est le temps qu’il faut pour mener ce type de projet. Il ne faut pas oublier la chronologie des événements depuis le 21 avril 1986. A l’époque de l’accident, Tchernobyl est encore dans le bloc soviétique. Il a d’abord fallu attendre la chute du mur de Berlin en 1989, puis l’indépendance de l’Ukraine en 1992. Ce type de projet demande de la coopération internationale (1). L’Ukraine, indépendante, a demandé l’aide des autres pays et la solidarité internationale a joué. Cela montre que si les pays veulent bosser ensemble, on peut mener de grands projets.

Mais n’y a-t-il pas urgence?
Une chose est sûre: l’édifice menace de s’effondrer. On a observé des fissures sur les parois du sarcophage mis en place par les services soviétiques entre mai et novembre 2006. Si cela s’écroule, il y a risque de dissipation d’un nuage radioactif. Même si selon les experts, sauf vents dominants, il serait circonscrit sur une zone proche du réacteur. Donc cela n’a rien à voir donc avec le nuage de 1986.

De quoi est fait le sarcophage construit en 1986?
À l’époque, il fallait faire vite et donc recouvrir le réacteur numéro 4 qui a explosé. Le sarcophage est un mélange de déchets radioactifs et de béton. Face nord, les Ukrainiens ont construit un système d’escalier en béton. Au-dessus du toit effondré, d’est en ouest, ils avaient mis des poutres supportant des tuyaux et des taules. Côté façade ouest, c’est un mur en métal, de l’acier, qui a été mis en place…

Cela ressemble à du bricolage très mal fait…
Absolument pas! Les Soviétiques ont fait du super-boulot. Et très vite. Le sarcophage a tout de même permis de boucher les trous et d’éviter une propagation des éléments radioactifs Personne ne pouvait faire mieux, même nous, puisque c’était la première fois qu’on faisait face à ce type d’accident. Donc, il faut arrêter de se moquer. Les Européens ont trop souvent une vision très binaire de Tchernobyl.

Pourquoi construire une structure pour recouvrir le premier sarcophage?
Tout le monde parle de sarcophage mais ce n’est du tout cela. On ne va pas mettre une cloche pour oublier, pour cacher. L’objectif est de construire une arche métallique au-dessus du sarcophage initial, et donc du réacteur endommagé, pour préparer le démantèlement dans une seconde phase. La structure va ressembler à un pont suspendu d’une longueur de 150 m et d’une hauteur de 105 m. Imaginez qu’on peut mettre dessous la cathédrale Notre-Dame ou la Statue de la Liberté. Cela sera une première et l’ouvrage devrait être impressionnant.

Le diaporama du projet «Chernobyl Shelter»…

Comment cette arche en acier peut aider au démantèlement?
Sous la voûte de l’édifice, on va installer des moyens de portages, de levage et d’éclairage. Car, évidemment, on ne peut pas s’approcher du site où se trouve le réacteur. Toutes les parties du réacteur et des édifices contaminés doivent être manipulés à distance. L’arche dont la durée de vie est de 100 ans servira à cela. Ce sera alors aux Ukrainiens de manipuler les restes du réacteur. Au bout de 5 ans de travaux, notre but est de leur apporter les outils, c’est tout.

(1) Le projet Chernobyl Shelter Fund réunit l’Ukraine, l’Union européenne, les Etats-Unis, le Japon, le Canada pour les principaux donateurs.