Apple bloque l'app française AppGratis, Fleur Pellerin s'en mêle

MOBILE Apple a entamé un ménage printanier dont la première victime est une success story française...

Philippe Berry

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AppGratis, une app iPhone qui permet de découvrir des apps mises sous le feu des projecteurs.
AppGratis, une app iPhone qui permet de découvrir des apps mises sous le feu des projecteurs. — DR

C'est le dernier feuilleton qui agite le monde de la pomme. Apple a sorti son badge de shérif et bouté AppGratis en dehors de sa boutique, sous prétexte que ce service de découverte d'apps fait doublon avec des fonctions existantes d'iOS. Selon AllThingsD, le ménage ne fait que commencer.

Que s'est-il passé?

Vendredi dernier, Apple a retiré l'app store AppGratis, créée par le Français Simon Dawlat et utilisée par 12 millions de personnes. Le service: un «deal du jour» pour découvrir des apps sélectionnées et proposées à prix cassé (souvent gratuites) par AppGratis.

Pourquoi un tel geste d'Apple?

L'entreprise a expliqué mardi qu'AppGratis enfreint deux règles de l'app store: elle doublonne avec des fonctions d'iOS (avec le best-of de l'app store) et elle utilise des notification push à des fins promotionnelles.

Pourquoi l'éviction fait débat

Car AppGratis existe depuis 2008 (sous forme de newsletter) et 2010 (sous forme d'app). Et qu'Apple avait encore validé la version iPad il y a tout juste une semaine. Avant de changer d'avis. Cette décision met à mal une PME qui compte 45 employés et qui venait de boucler un tour de levée de fonds de 10 millions d'euros.

Ce que dit AppGratis

Le fondateur, Simon Dawlat, a publié un long billet, mardi. Il dit avoir appris la nouvelle à l'atterrissage d'un vol Paris-São Paulo. Il conteste les affirmations d'Apple, expliquant qu'AppGratis est similaire à de nombreux sites mettant en avant des apps. La boutique d'Apple n'est pas court-circuitée: AppGratis ne fait que rediriger l'utilisateur vers l'app store. Quant aux notifications, elles ne sont envoyées qu'une fois par jour, après le feu vert de l'utilisateur, de manière similaire à une app comme Groupon.

La France s'en mêle

Fleur Pellerin, la ministre déléguée aux PME à l'innovation et à l'économie numérique, a annoncé via Twitter qu'elle ferait une déclaration sur la «neutralité des plateformes» et sur «les actions que l'Etat souhaite engager» aux bureaux parisiens d'AppGratis, à 11h jeudi.

Interrogé par 20 Minutes, le juriste Eric Goldman estimait cependant, dans une affaire similaire, qu' «un marchand a le droit de refuser de vendre ou de distribuer un produit dans sa boutique».

Le ménage va continuer

Il existe des dizaines d'apps similaires, qui, pour l'instant, sont toujours disponibles. Mais selon AllThingsD, Apple va continuer à jouer du sécateur sur ce front. AppGratis, pour l'instant, poursuit ses services pour ses 12 millions d'utilisateurs et pourra présenter une nouvelle version modifiée à Apple.

Un business model controversé

Le business model d'AppGratis est le suivant: l'app mise sous le feu des projecteurs bénéficie d'un gros coup de boost (jusqu'à 500.000 téléchargements, selon Dawlat); elle partage avec AppGratis ses revenus (publicitaires, achats «in app») pendant la semaine suivante. Cela fonctionne bien avec de gros partenaires comme Disney. Sauf que pour certaines apps indie, AppGratis exige le versement en amont d'une somme fixe pouvant aller jusqu'à 15.000 euros. Au final, les services d'AppGratis s'apparentent davantage à une découverte sponsorisée qu'à une véritable recommandation utile pour les utilisateurs. Et c'est peut-être aussi pour ça qu'Apple a sévi.