Lucie Tollon
L'essentiel
- Lancé en France en 2007, le Coca Zéro s’est imposé auprès de certains consommateurs comme une alternative déculpabilisante aux sodas grâce à son absence de sucre et ses 0,3 kcal pour 100 ml.
- La recette repose sur un cocktail d’édulcorants dont l’aspartame, utilisé pour remplacer le sucre dans l’alimentation industrielle. Cet édulcorant très controversé pour ses effets et risques sur la santé divise les consommateurs.
- Malgré son succès, le Coca Zéro n’a pas détrôné la version classique du Coca.
Il s’est invité discrètement sur les terrasses françaises et au fond des frigos familiaux. Au pays du vin et de la gastronomie, le Coca-Cola sans sucres, le Coca Zéro, s’est taillé une place de choix en près de deux décennies. Lancée en France en janvier 2007, la formule promet alors un « miracle » aux amateurs de bulles : le goût du soda mythique, mais avec zéro gramme de sucre et à peine 0,3 kcal pour 100 ml. Un argument choc dans un monde de plus en plus vigilant - voire obsédé - sur l’apport calorique. A-t-il pris la place de son grand frère ? Pas vraiment.
Pour toute une frange de consommateurs, le Coca Zéro a agi comme un « passe-droit ». Lise, ostéopathe et très sportive, n’aurait jamais imaginé acheter la version classique. « Je ne buvais pas de Coca avant. Autant de sucres dans une boisson, c’est affligeant, je ne voulais pas faire subir ça à mon corps », confie-t-elle. « Mais le Zéro, j’en bois. J’ai toujours une canette chez moi et au bar, c’est ce que je prends. Je trouve ça plus "sain", même si ça reste un soda. »
« C’est le moins calorique dans un monde obsédé par le poids »
Dans d’autres milieux, la canette à la vague noire est carrément devenue un accessoire du quotidien. Cécile de Boismenu, ancienne rédactrice en chef de L’Officiel de la mode, a vu la boisson s’imposer. « Le Coca Zéro a vraiment pris une place particulière dans la mode. J’ai vu des mannequins ne boire que ça car certaines agences les affamaient avant des défilés. Ça les faisait tenir, sans culpabiliser », se rappelle-t-elle. « J’ai déjà vu des gens débarquer avec leur bouteille de Coca Zéro à des dîners privés, c’est fou. C’est le moins calorique dans un monde obsédé par le poids, ça a été une révolution pour eux. »
Mais que se cache-t-il derrière cette révolution, justement ? La recette repose sur un assemblage : eau gazéifiée, colorant caramel, acide phosphorique, arômes naturels, caféine, et surtout un cocktail d’édulcorants dont l’aspartame. Autorisé en France depuis 1988, il affiche un pouvoir sucrant 200 fois supérieur au sucre ordinaire. C’est là tout le secret. Cette substance fait régulièrement l’objet de controverses sur sa toxicité potentielle, selon le Centre de lutte contre le cancer Léon-Berard.
« Je n’aime pas du tout le goût de l’aspartame »
Philippe refuse catégoriquement d’y toucher. « Le Zéro, c’est non. Je n’aime pas du tout le goût de l’aspartame, c’est écœurant. J’ai l’impression d’être assoiffé et je trouve que ça a un goût encore plus sucré », tranche ce fidèle du Coca classique. Son frère Hervé plussoie. « C’est juste pour se donner bonne conscience, mais ça reste de la merde. »
Côté bars et restos, les chiffres confirment la résistance du soda historique. Contactée, Coca-Cola n’a pas souhaité nous transmettre de données précises sur les volumes de vente de ses deux produits. Alors nous avons mené une petite enquête de terrain en terrasse ou en salle. Résultat : le Coca classique l’emporte avec 18 adeptes contre 11 pour le Zéro. Ces derniers étaient d’ailleurs exclusivement des femmes.
La fin d’une hype ?
Dans les établissements de nuit et les cafés, la recette originale reste donc une valeur sûre. « Le Zéro, c’était la mode à un moment donné, mais ça commence à revenir au Coca normal, on en vend davantage, observe Quentin, barman à Toulouse. En Angleterre, ils sont plus sur le Diet, le Light ou le Zéro, mais ici, on reste sur la recette basique. »
Un constat partagé par le serveur du café-restaurant voisin, où le ratio tourne autour de « 60 % de Coca classique pour 40 % de Zéro ». « On reste sur du classique, renchérit le serveur d’un café associatif de la Ville rose. Mais j’aimerais que les gens arrêtent dans boire, avec ou sans sucre. »