« Ils ont remplacé les habituelles cacahuètes »… Comment les petits bretzels sont devenus incontournables à l’apéro
Mieux vaut tous les manger•Incontournables en Alsace, les petits bretzels, qui ne doivent pas être confondus avec ceux vendus en boulangerie, ont conquis la plupart des tables basses en France. Grâce à plusieurs atoutsThibaut Gagnepain
L'essentiel
- La production et la consommation de bretzels connaissent une forte croissance en France, avec une augmentation de 72 % du marché depuis 2015, qui atteint près de 10.000 tonnes consommées en 2024.
- Les bretzels sont appréciés pour leur aspect sain, leurs ingrédients simples et leur bon rapport qualité/prix, comme l’explique Anita Schaeffer, directrice commerciale de Boehli : « C’est un produit qui n’est pas gras du tout. Il est certes salé mais on peut tout à fait enlever les grains de sel, et nous proposons aujourd’hui une recette allégée. »
- Bien qu’originaires d’Alsace, les bretzels sont maintenant consommés dans toute la France et même exportés, comme le note la chercheuse Nathalie Louisgrand : « Dans de nombreux bars, les bretzels ont aussi remplacé les habituelles cacahuètes. Tout le monde sait vraiment ce que c’est, ce n’est plus du tout cantonné à une région ».
Plus de 200 kilos par minute, 31 tonnes par jour, pas loin de 9.000 à l’année… Bienvenue chez Boehli, à Gundershoffen. C’est dans ce bourg du nord du Bas-Rhin qu’est implantée l’une des principales usines de bretzels. L’autre se situe à 75 km de là, toujours en Alsace, mais cette fois à l’ouest de Strasbourg. A Schirmeck, le concurrent allemand Dr Oetker produit, sous la marque Ancel, ces petits biscuits apéritifs qui ont la cote.
Des chiffres pour le confirmer ? Plus d’un quart des Français (26 %) estimait en 2022 qu’ils faisaient partie de l’apéritif idéal, d’après une étude commandée par le Syndicat des apéritifs à croquer. Et en 2024, leur marché a encore progressé avec une hausse de près de 5 % en volume. Depuis 2015, la catégorie a carrément bondi de 72 %, passant de 5.759 à 9.882 tonnes !
« On table sur une croissance de 5 % en 2025 », annonce le PDG de Boehli, Nicolas Meckert, tout fier de présenter les derniers investissements du groupe. Comme cette septième ligne de production, mais aussi un entrepôt de 3.000 m2 où peuvent maintenant être stockées plus de 4.000 palettes. Dont 250 partent chaque jour sur le territoire mais aussi en Allemagne, en Chine, en Corée du Sud, au Japon, à Dubaï…
Soit bien loin de l’Alsace dont la bretzel (oui, on dit « la bretzel ») est indissociable et qui a longtemps concentré l’essentiel du marché. « Il s’en consomme toujours plus dans le Grand-Est qu’ailleurs, précise la directrice commerciale de la marque Anita Schaeffer. Mais maintenant, on en trouve quasiment partout en France et ça plaît. »
« Plus sain que les chips »
« C’est vrai, on en voit beaucoup plus dans les grandes surfaces qu’avant, confirme Nathalie Louisgrand, professeure à l’école de management de Grenoble. Dans de nombreux bars, les bretzels ont aussi remplacé les habituelles cacahuètes. Tout le monde sait vraiment ce que c’est, ce n’est plus du tout cantonné à une région. »
Mais qu’apprécient tant les consommateurs dans ces petits gâteaux à la forme si reconnaissable (qui ne doivent pas être confondus avec ceux plus gros vendus en boulangerie) ? « Ils sont considérés comme plus sains que les chips, par exemple. Dedans, il y a moins d’arôme et d’huile », répond la chercheuse spécialisée en gastronomie. « C’est un produit qui n’est pas gras du tout », ajoute Anita Schaeffer. « Il est certes salé, mais on peut tout à fait enlever les grains de sel, et nous proposons une recette allégée. » Qui est elle notée B sur l’échelle du Nutri-Score… quand les autres ne sont simplement pas étiquetées.
« C’est un produit simple avec des ingrédients simples. De la farine, de la levure, de l’huile de tournesol, du sel et du malt. Rien d’autre. Pas d’exhausteur de goût ni d’additif », reprend son patron, dont l’entreprise propose aussi des gammes parfumées. Avec saveur « italienne », « mexicaine », « aïoli » et bientôt une nouveauté. « On ne veut pas la révéler encore, mais ce sera pour la fin d’année et lié à l’Alsace », sourit-il.
« C’est très bien de diversifier. Les consommateurs adorent ça, on le voit avec les chips », réagit Nathalie Louisgrand en donnant encore deux arguments supplémentaires à la réussite des bretzels. « Elles se marient très bien avec les bières, et certains les trempent dans du fromage ou de la tapenade. Quand elles sont sous forme de sticks, elles remplacent les dips. »
Le tout à des coûts inférieurs à de nombreux autres apéritifs à croquer. Soit 4 euros le kilo pour les plus simples en marque distributeur contre le double pour les chips traditionnels. Ou 7 euros le kilo en ce qui concerne les bretzels spéciaux, contre environ 10 euros les tuiles ou chips équivalentes… « On est vraiment sur un biscuit très bon rapport qualité/prix », synthétise Anita Schaeffer. « En plus, il plaît vraiment à tout le monde. Il y a quinze ans, une étude nous avait montré que c’était surtout la ménagère de plus de 50 ans qui en achetait. Maintenant, ce sont les familles avec enfants. »
Il n’y a qu’à regarder les clients repartir de la boutique Boehli accolée à l’usine pour s’en convaincre. La plupart ressortent avec des « boxes » en plastique de 1,5 kg. « Ça peut se garder un an si on referme bien la boîte », assure la responsable du magasin. Où sont proposées toutes les variantes possibles, même ceux enrobés de chocolat… « En Alsace, tout foyer a son sachet de bretzel », conclut Nicolas Meckert. Ici et ailleurs.



















