Cristiano Ronaldo à l'entraînement avec le Portugal, le 24 juin 2012 à Opalenica (Pologne).
Cristiano Ronaldo à l'entraînement avec le Portugal, le 24 juin 2012 à Opalenica (Pologne). - REUTERS

Alexandre Pedro

Depuis Copernic, on sait que la Terre tourne autour du Soleil. Un pays échappe à l’implacable démonstration du savant polonais: le Portugal. Lors de ce championnat d’Europe, sa révolution s’effectue autour de Cristiano Ronaldo. Les scientifiques ont aussi noté la présence de dix satellites autour de l’étoile CR7, satellites autrement appelés «partenaires». Des voix s’élèvent pour dénoncer cet accaparement de toute une équipe par un seul joueur. «Nous avons une sélection qui s’appelle Cristiano Ronaldo», déplore Carlos Queiroz, interrogé par la chaîne TVI.

«Pas seulement lui donner le ballon»

C’est un secret pour personne, l’ancien sélectionneur ne porte pas l’idole du pays dans son cœur depuis une fin de Coupe du monde 2010 en eau de boudin (et une élimination contre l’Espagne en huitième). A lire les médias espagnols justement, la Roja n’affronte pas en demi-finale l’équipe envoyée par la Fédération portugaise de football, mais «Cristiano» du Real Madrid. L’arrière Joao Pereira a beau prétendre qu’il y aura «onze joueurs des deux côtés», un seul attire toute la lumière sur lui. Encore plus depuis qu’il a levé, avec ses trois buts, la malédiction qui semblait peser sur lui dans les phases finales. D’ailleurs, même quand le Portugal arrache une victoire au courage face au Danemark –malgré un Ronaldo plus boulet que locomotive– l’Europe entière retient les occasions ratées du Ballon d’or 2008 et les «Messi, Messi» des supporters danois.

Quand il ne voit pas en lui «un type d’une autre planète» (Pepe), ses petits copains démentent timidement d’être juste au service de leur capitaine. Démonstration avec le milieu de terrain Miguel Veloso. «Notre stratégie ne consiste pas seulement à lui donner le ballon. Même si personne ne doute qu’il est le meilleur du monde, il a dix bons joueurs de foot derrière lui.»

Son sélectionneur ne veut plus parler de lui

Plutôt que «derrière», Rui Costa souhaite voir les Meireles, Veloso ou Nani à côté de lui. «Pour ses partenaires, sentir qu’il est l’unique responsable de la réussite ou de l’échec de l’équipe risque de les amener à ne pas prendre leurs responsabilités», s’inquiétait l’ancien meneur de la Selacçao avant le début de l’Euro. Paulo Bento l’a bien compris. Le sélectionneur refuse désormais d’épiloguer sur le cas Ronaldo. «Je ne veux pas parler d’un joueur individuellement», répond-il systématiquement.

Heureusement pour lui et le Portugal, cette équipe dispose quelques autres atouts dans sa manche. Aussi galactique soit-il, l’ancien attaquant du FC Andorinha ne joue pas non plus pour la sélection d’une île de Madère devenue indépendante. Sans un Pepe aussi impressionnant («le meilleur défenseur du monde», selon son capitaine), un Fabio Contreao sorti de sa torpeur madrilène et l’activité du duo Meireles-Moutinho dans l’entrejeu, Cristiano Ronaldo serait peut-être déjà en train de se consoler dans les bras d’Irina Shayk. Aussi réconfortante soit cette perspective, la star du Real préfère celle de se retrouver à deux matchs d’offrir la consécration internationale qui fuit son pays. Et pour cela, il peut dire merci à ses partenaires.