Gevrise Emane: «La nouvelle Gévrise est un peu plus folle»
JUDO•La Française est sacrée championne du monde des moins de 63kg, quatre ans après son premier titre dans la catégorie supérieure...Propos recueillis par Romain Scotto
Le podium, le contrôle antidopage, un passage au vestiaire et Gevrise Emane peut enfin revenir sur son deuxième titre de championne du monde, conquis jeudi à Bercy, chez les moins de 63kg. Il y a quatre ans, elle triomphait à Rio dans la catégorie supérieure, chez les moins de 70kg. A 29 ans, celle qui est aussi triple championne d’Europe peut maintenant se pencher sur le seul titre qui lui manque: l’or olympique…
Cette médaille est-elle la plus belle de votre carrière?
Je ne sais pas si c’est la plus belle. Mon premier titre de championne du monde à Rio était magnifique aussi. Celle là a un autre goût. Je suis très contente.
Qu’est ce qui différencie la Gévrise Emane de 2007 de celle d’aujourd’hui?
Elle est encore plus conquérante. Elle est plus folle. Elle met de la folie dans ce qu’elle fait parce que Gevrise Emane est une fille très consciencieuse qui a du mal à sortir du rang. Il fallait que je mette un peu de folie dans ma tête, dans mon judo.
Avez-vous conscience de marquer l’histoire du judo avec ce deuxième titre?
Je commence à en prendre conscience. Oui, c’est énorme. Maintenant je vais profiter de ce nouveau titre mondial pour aller en chercher d’autres. Pour moi ce n’était pas évident d’être championne quand j’étais petite. J’ai commencé à 13 ans, à Neuilly Plaisance. Je me suis dit, j’y vais. J’ai été repérée. On voit les autres gagner et on se dit, pourquoi pas moi.
Il vous manque encore un titre à aller chercher…
Effectivement, il me manque la médaille olympique. Il va falloir aller la chercher. Ce n’est pas fait. Je vais m’accrocher et ne rien lâcher.
Avez-vous pensé arrêter après les JO de Pékin?
Oui. J’avais subi un gros échec. Je ne me reconnaissais plus. Je me posais beaucoup de questions. Je montais sur un tapis, je pleurais, je longeais les murs à l’Insep. Je me suis dit: à quoi ça sert? Et puis la famille, les amis, le club m’ont soutenu. C’est important. Quand on est au fond du trou, il n’y a plus grand monde…
Descendre au poids, c’était un challenge?
Oui, parce que je n’avais pas effectué de régime de ma vie. J’ai appris à associer les aliments, à savoir à quoi ils correspondent. Il fallait perdre du poids, mais aussi du muscle. J’ai vu une diététicienne-nutritionniste. Ça m’a permis de descendre correctement. Ça s’est bien passé.
Pourquoi aimez-vous tant ce sport?
Parce qu’on apprend tous les jours. C’est une remise en question perpétuelle. On ne peut pas se reposer sur ses lauriers, sinon on perd. Je me donne toujours de nouveaux objectifs. J’apprends beaucoup sur moi-même. En tant que personne plus qu’en tant qu’athlète.
Que faites-vous en dehors du judo?
En dehors du judo, je suis en convention avec les douanes. Je sais que c’est important en termes de reconversion. A ce niveau, c’est le chantier. Ça me permet de pouvoir penser à la vraie vie et pouvoir faire autre chose après ma carrière. J’ai un bac+5. J’ai pu concilier études et sport à l’Insep en suivant mes études de droit. J’ai un master 2 en management public gestion des collectivités territoriales. J’ai bien conscience que le sport ne dure qu’un temps et après il va falloir trouver un vrai métier.


















