Dimitri Payet ne se souvient sans doute pas de la date exacte, mais n’a forcément pas oublié ce moment. Le 15 décembre 2005, dans la fraîcheur de la Jonelière, à l’issue de la séance matinale, l’entraîneur nantais de l’époque Serge Le Dizet, confronté à des défections en attaque, s’isole avec Payet. Les mots prononcés par le technicien nantais font basculer la vie du jeune de 18 ans. Serge Le Dizet annonce à Dimitri Payet que pour la première fois, il va accompagner les professionnels à Bordeaux en Ligue 1.

Sa polyvalence est un atout. « C’est un garçon qui a les deux pieds, il pouvait donc jouer partout, à droite, à gauche ou en pointe, un peu à la façon de Ribéry », expliquait, en 2010, l’ancien entraîneur nantais. A Bordeaux, Payet jouera une dizaine de minutes. Une semaine plus tard, lors d’un succès (1-4) des Canaris à Metz, le natif de la Réunion inscrit son premier but en pro dans le temps additionnel alors qu’il n’est sur le terrain que depuis 4 minutes !

Une facilité balle au (x) pied(s) frappante au FCN

C’est en 2004 que le FC Nantes avait repéré ce joueur. Payet venait d’être renvoyé du centre de formation du Havre pour indiscipline. « Sur le match où on l’avait supervisé, il n’était pas très bon, mais sur deux ou trois actions, il avait fait preuve d’une facilité incroyable, se souvient René Degenne, dirigeant au FCN et toujours très proche de la famille Payet. Robert Budzynski [ancien directeur sportif] ne le voyait pas réussir, moi oui. Je l’ai dit en premier à sa mère. Je ne me suis pas trompé. »

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La force du gamin au FCN ? Une aisance incroyable balle au (x) pied(s). « Moi, j’étais incapable de dire s’il était droitier ou gaucher, ajoute René Degenne. Si, j’ai compris qu’il était droitier quand je l’ai vu prendre sa fourchette de la main droite. » Sa facilité laisse parfois penser que Payet fait preuve de désinvolture, de suffisance. En 2007, Fabien Barthez, gardien éphémère du FCN, lui reproche cette attitude en interne. Lors d’un entraînement, le divin chauve ne lui fait pas de cadeau et le tacle d’une vilaine manière.

Lors de la saison 2006-2007, alors qu’il est stagiaire, Payet signe enfin un contrat professionnel. Dans le brouillard nantais, le Réunionnais fait figure d’éclaircie. Il inscrit 4 buts en 27 titularisations en L1. Comme beaucoup de jeunes footballeurs, Payet marche à l’affectif.

« Il fallait qu’il se sente dans des conditions idéales, expliquait, en 2010, son ex-coéquipier Nicolas Savinaud. C’est quelqu’un qui doit sentir l’amour de son coach. » René Degenne abonde en ce sens : « C’est un bon garçon, si on lui fait confiance et qu’on sait le prendre, il peut s’investir énormément. Avec une bonne psychologie, on peut l’amener à des choses énormes. Exemple de Bielsa [à l’OM], ils s’entendaient très bien tous les deux ! Quand on lui fait confiance, on a un retour, mais il faut qu’il soit heureux. » Deschamps sait ce qu’il lui reste à faire avec Payet : le chouchouter…