Ruben Plaza Molina sur le dernier Tour de France.
Ruben Plaza Molina sur le dernier Tour de France. - Christophe Ena/AP/SIPA

C’est une photo de course à la résonance douloureuse après la mort d’Antoine Demoitié sur les routes de Gand-Wevelgem. On y voit le Russe Kuznetsov, un temps échappé en solitaire dimanche en Flandres, entouré de deux voitures et pas moins de huit motos suiveuses (!) le temps d’un plan télé, et ils sont plusieurs coureurs à la retweeter en masse lundi matin pour montrer leur indignation après le drame de dimanche. Si les circonstances exactes du décès du jeune coureur belge de l’équipe Wanty-Gobert restent à déterminer, la responsabilité accidentelle d’une moto de la fédération belge semble en effet établie. Il n’en fallait pas plus pour déclencher la colère d’un peloton déjà meurtri en début d’année par l’accident des Giant en Espagne.

Capture d'écran pendant Gand-Wevelgem, dimanche 27 mars 2016.
Capture d'écran pendant Gand-Wevelgem, dimanche 27 mars 2016. - Capture d'écran/20 minutes

 

« Il faut introduire un contrôle des motos en course maintenant », s’insurge Alberto Contador, suivi par d’autres, comme l’Irlandais Dan Martin. « Les motos sont une nécessité dans notre sport pour sa sécurité et sa présence dans les médias. C’est leur conduite et leur direction qui a besoin de gouvernance ». « Je ne veux accuser personne mais faire réfléchir sur la responsabilité de chacun de veiller à ce qu’il soit toujours maintenu un très haut niveau d’attention, de sensibilisation et de contrôle sur les normes de sécurité », a de son côté réagi l’association internationale des coureurs cycliste par la voix de son président Gianni Bugno.

Le débat sécurité des coureurs versus véhicules accompagnateurs est vieux comme une deuxième place de Peter Sagan, mais il ressurgit un peu trop souvent ces derniers temps. Bruno Thibout, ancien coureur désormais pilote moto sur plusieurs dates du calendrier – il était sur le Critérium ce week-end, admet « de plus en plus de regards mitraillettes » de la part des coureurs depuis quelques mois. « On ressent clairement une pression supplémentaire au vu des derniers événements, heureusement pas aussi dramatiques que sur Gand-Wevelgem. Je comprends le ras-le-bol de certains mais c’est un métier compliqué », défend Thibaut, qui a tout fait dans le métier. Moto-arbitre, moto-juge, moto-ardoise, moto-bidon, moto-info, la liste donne le vertige.

D’autant plus qu’on ne parle ici que des engins qui dépendent de l’organisation. Il faut y ajouter, sur les gros rendez-vous, la garde républicaine, les motos-presse, les motos-photos, les motos-prise de vue… et les voitures accompagnatrices, 130 sur une course comme le Tour de France. « Je trouve qu’il y a des véhicules de trop et notamment ceux de la presse écrite », nous expliquait Jacky Durand en 2011, quand une voiture de france télévisions renversait l’échappée de Flecha et Hoogerland. Concernant les motos, Thibout confirme en creux.

« C’est vrai que les motos-photos sont très nombreuses. Parfois on est tranquille en tête de peloton et ils remontent à quinze parce qu’il y a un beau paysage en arrière-plan. Mais bon, chacun fait son métier ». Sans toujours connaître celui de l’autre. « On a tous une formation de plusieurs jours où l’on nous met en situation de rupture pour tester nos réactions, ce n’est pas un problème de compétence mais d’ignorance. Je discutais encore avec un motard qui collait d’un peu trop près les échappés samedi matin, quand je lui ai expliqué qu’il pouvait faire son boulot en roulant 50 mètres plus loin, il m’a dit « Ah ouais, t’as raison ». Parfois, on ne sait pas qui fait quoi et à quel moment il faut se pousser ou accélérer pour laisser passer un collègue. Avec la pression, ça peut amener à une mauvaise manœuvre ».

D’autant que les coureurs, pris par la course, peuvent aussi se montrer imprudents et dévier d’une trajectoire au dernier moment, à l’image de l’écart de Stig Broeckx sur Kuurne-Bruxelles-Kuurne récemment. « Notre première règle, c’est de ne pas gêner les coureurs, admet Thibout, mais eux-mêmes ne savent pas toujours quel est notre rôle. S’ils étaient un peu mieux informés sur notre utilité sur la route, ça pourrait aider à notre cohabitation ». Les motos-régulateurs, sorte de police des motards, au moins deux sur chaque course, sont là pour ça. Qu’ils ne soient pas assez ou qu’ils n’en fassent pas assez, peu importe, leur présence ne suffit pas à empêcher le pire. « Qu’attend l’UCI pour agir ? », réclamait Michael Rogers sur twitter. Pour l’instant, la plus haute institution du cyclisme s’est contentée de saluer la mémoire de Demoitié dans un communiqué de trois lignes. Un peu juste en ces circonstances.

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