Top 14: Clermont est-il un club de Bisounours?
RUGBY•Les Auvergnats se traînent une réputation de perdants magnifiques...Romain Baheux
«Clermont est en finale du Top 14 ? Ah, ben on sait déjà que le Stade Français va gagner. Ah, ah, ah, mouarf. » Si vous et vos amis vous intéressez un tout petit peu au rugby, cette blague d’une grande inventivité a dû parvenir à vos oreilles cette semaine. Opposés aux Parisiens samedi soir au Stade de France, les Auvergnats aux dix défaites sur onze finales hexagonales traînent l’image d’un club bien gentil. Chez ces perdants magnifiques, les défaites en finale s’enchaînent sans que cela ne fasse jamais trop de vagues. Mais pourquoi ?
Des joueurs pas assez affamés ?
Les Toulonnais dansent, les Clermontois gisent au sol, désespérés. Le 2 mai, l’ASM s’incline en finale de la Coupe d’Europe contre les Varois, comme deux ans auparavant. La défaite de trop pour certains supporters, lassés de voir un titre leur échapper dans une finale où leurs protégés sont pris physiquement par le RCT.
« Les joueurs ont les moyens financiers et logistiques de faire des choses fantastiques. Il y a tellement de clubs qui envient l’ASM pour ses moyens, ses infrastructures, ses supporters, explique le fondateur des Ultras Vulcans, Aurélien Dupuis, au Figaro. Et voilà On aimerait des joueurs morts de faim. Des vrais guerriers, comme en 2010 [l’année du titre de champion de l’ASM]. Là on ne sent pas de sentiment de révolte. »
« Je vous assure qu’il y a des compétiteurs dans cette équipe, souligne Alexandre Audebert, ancien troisième ligne du club. Ils n’ont absolument pas envie de juste aller en finale. » Avant les retrouvailles avec le Stade de France, chacun y est allé de son petit mot de l’ouvreur Camille Lopez - « on doit aller chercher le titre, on ne peut pas se cacher »- au pilier Thomas Domingo « tout le monde en a marre de perdre, on est déterminés à faire quelque chose ». Une manière de tenter de se débarrasser de l’étiquette de joueurs gentils.
Un club bien trop lisse ?
Il y a Toulon et les saillies mémorables du président Mourad Boudjellal. Il y a Toulouse et les coups de gueule du déjà regretté Guy Novès contre l’arbitrage ou le calendrier. Il y a Clermont et… et… et… On cherche, mais on ne trouve pas de personnalité emblématique, capable de tout secouer dans les moments de doute. Un club trop lisse où rien ne bouge malgré les revers ?
« Je n’aime pas trop ce terme, je le trouve péjoratif, tique Alexandre Audebert. Le club est dans la droite lignée de ce qu’incarne la région. L’Auvergnat, c’est une personne besogneuse et discrète. On n’est pas un club de flambeurs, on ne peut pas faire du Toulon à Clermont parce que les gens ne s’identifieront plus au club. »
« La stat qui tue, l’ASM c’est 81 % de défaite en finale… Club de loser ou de bisounours ? Doit y avoir des choses à changer… — Aurélien ASM (@AurelASM) May 4, 2015 »
« On est habitués à ce calme. Des gens qui ouvrent leur gueule, on n’en a jamais eu chez nous, abonde Thierry Fraisse, président de l’interclub des supporters clermontois. Des Mourad Boudjellal, il n’y en a pas partout et le devenir, ça ne s’improvise pas. »
Des supporters trop gentils ?
Le retour des Clermontois après la finale continentale perdue contre Toulon n’a pas du tout, mais alors pas du tout, plu au coach auvergnat Franck Azéma. Accueilli avec ses hommes par des applaudissements, le technicien s’en agace peu après sur le plateau de France 3.
« J’aurais préféré rentrer sous les sifflets que sous une haie d’honneur à l’aéroport, Je sais qu’on a le meilleur public de France mais il y a des moments où il faut dire les choses. » Vœu exaucé deux semaines plus tard quand une partie du public hue ses joueurs après une laborieuse victoire (22-19) en championnat contre une équipe bis de Toulon. Ce comportement déplaît fortement au président Eric de Cromières qui demande alors à son public de bien vouloir être « gentil ». De quoi irriter certains qui reprochent à leur voisin de tribune de se montrer trop indulgent avec le deuxième budget du Top 14.
« Deux générations de supporters cohabitent, décrit Thierry Fraisse. Les anciens étaient très contents quand on faisait une finale. L’important était de faire la fête, on était déjà satisfait d’être là. La génération actuelle veut absolument des titres pour concrétiser ce qu’on voit sur la pelouse. Mais je vous rassure, tout le monde vient au Stade de France pour gagner samedi. » La meilleure manière de se défaire de cette étiquette de Bisounours.


















