Scandale à la Fifa: Le Qatar va-t-il perdre la Coupe du monde 2022?

FOOTBALL Au centre de toutes les controverses, l’attribution de l'organisation de la Coupe du monde à cet émirat pourrait être remise en cause par la démission de Sepp Blatter…

Julien Laloye

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Hamad bin Khalifa Al-Thani, avec son épouse Sheikha Mozah et Sepp Blatter, le 2 décembre 2010.

Hamad bin Khalifa Al-Thani, avec son épouse Sheikha Mozah et Sepp Blatter, le 2 décembre 2010. — Patrick B. Kraemer/AP/SIPA

Le cadavre de Blatter est encore chaud, mais les détracteurs de la Fifa et de son ex-futur président omnipotent, qui ont poussé comme des champignons à l’ombre des grands arbres des forêts suisses ces dernières 24 heures, sont déjà passés à autre chose. Dans leur ligne de mire, la Coupe du monde 2022 au Qatar et son processus d’attribution si décrié, pour ne pas dire illégal, en attendant les conclusions des enquêtes suisse et américaine sur le sujet. Si la Russie devrait passer entre les gouttes pour des raisons de timing – le tirage au sort des éliminatoires doit se tenir le 25 juillet- l’édition qatarie aura du mal à survivre à la déflagration des dix derniers jours.

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Greg Dyke, le président de la fédération anglaise, avait lancé les hostilités jeudi, il a été suivi dans sa charge par une tripotée d’anciens concurrents revanchards. «Nous avions proposé une candidature propre pour 2022. Je sais que ça n’a pas été le cas pour d’autres, et j’ai partagé ce que je sais avec les autorités, dont Michael Garcia», a ainsi confié Franck Lowy, le président de la fédération australienne. Theo Zwanziger, son homologue allemand, a appelé à remettre au pot l’édition 2022 sans attendre, qualifiant le Qatar «de cancer pour le football mondial».

«On va enfin voir ce qu’il y a dans le rapport Garcia, et si on découvre qu’il y a eu corruption, il faudra mettre le Qatar hors-jeu, juge Abdes Ouaddou, opposant farouche à la tenue du Mondial 2022 à Doha depuis qu’il a joué là-bas. Il faut que les dirigeants se plient aux règles du jeu et comprennent qu’on ne peut pas tout acheter avec de l’argent ».

Ceux-ci, contrairement à leur discrétion habituelle, ont choisi de mordre au jarret. C’est le Washington Post qui a pris la première salve, en réponse à un article évoquant le chiffre de 4.000 morts sur les chantiers de la Coupe du monde: «L’image et la réputation du Qatar ont subi un énorme préjudice […] Après près de cinq millions d’heures de travail sur les sites, pas un seul ouvrier n’a perdu la vie».

Puis l’Angleterre a eu droit à sa remontrance, plutôt bien sentie: «Nous demandons à M. Dyke de laisser le processus légal suivre son cours, et de se concentrer sur sa promesse de construire une équipe d’Angleterre capable de remporter la Coupe du monde 2022 au Qatar», avant d'affirmer que la démission du Suisse n'aurait pas d'incidence sur l'organisation de leur Mondial. Le danger est réel, pourtant, de voir le vote annulé et le processus repartir de zéro. Jack Warner et Nicolas Leoz, objets d’un mandat d’arrêt de la part d’Interpol, ont participé au vote en tant que membres du comité exécutif en 2010, ce qui pourrait suffire à invalider le scrutin.

 

Une décision à laquelle le Qatar n’aurait aucun moyen de s’opposer. Selon des révélations de la presse britannique l’an passé, Doha s’est engagé comme tous les pays candidats à respecter le code éthique de l’organisation, d’une part, et d’autre part, à ne pas attaquer la Fifa en justice. Son seul recours possible, si jamais le pays se voyait retirer l’organisation du mondial? Le Tribunal arbitral du sport, une institution qui ne dépend pas de la justice suisse.

«Je ne les vois pas accepter ça sans défendre leur cause avec une armée d’avocats, rétorque Ouaddou. Ce sont des gens qui gens qui n’aiment pas la défaite. Mais si jamais on en arrive là, il y a d’autres questions importantes: que vont devenir les migrants traités comme des esclaves sur les chantiers par exemple?» Sachant que le gouvernement qatari a refusé de laisser rentrer les ouvriers népalais chez eux pour enterrer leurs morts après le tremblement de terre, on n’ose imaginer la réponse.