Coupe du monde 2014: Thomas Müller, l’homme qui n’avait pas grand-chose pour lui
FOOTBALL•Mais qui sera le principal danger pour les Bleus vendredi…B.V. à Ribeirao Preto
De notre envoyé spécial à Ribeirao Preto (Brésil)
L’histoire le fait désormais rire, mais elle l’avait profondément vexé. En 2010, à la suite de sa première sélection avec l’Allemagne, Thomas Müller se retrouve en conférence de presse avec l’entraîneur adversaire, la légende de l’Argentine Maradona. «C’est qui lui? Qu’est-ce qu’il fait là? Pourquoi vous avez amené un ramasseur de balles à ma conférence? Puisque c’est comme ça, je m’en vais», s’exclame le Pibe de Oro. Alors obligé de quitter la salle, le jeune buteur allemand se vengera, quatre mois plus tard, en détruisant l’Argentine en quart de finale de Coupe du monde (4-0).
Voilà une anecdote Thomas Müller. Un joueur génial qui n’a pas le physique de l’emploi. Et qui n’a pas grand-chose du tout, d’ailleurs. Pas vraiment rapide ni particulièrement technique, encore moins physique, une frappe de mouche, un style digne des années 70 avec ses protège-tibias au niveau des chevilles… Et pourtant, il est l’un des meilleurs joueurs du monde. «C’est un footballeur d’instinct, présente Patrick Guillou, consultant foot allemand pour Canal +. Malgré son air de ne pas y toucher, il a une excellente vision du jeu, il est très intelligent dans ses déplacements et toujours décisif. Il respire, comprend et incarne le football.»
Un dicton à partir de son nom
Moins puissant qu’un Ronaldo, moins agile qu’un Messi, Thomas Müller donne l’impression d’être ce timide qui reste accoudé au bar, le verre à la main, en se secouant mollement sur la musique. Mais il ne repart jamais seul. A 24 ans, il a déjà marqué 99 buts avec le Bayern et 21 avec l’Allemagne, dont 9 en Coupe du monde. Surnommé «l’homme sans muscles» en Allemagne, cette grande tige dégingandée (1m86) est «un joueur atypique, capable de créer du liant dans une équipe», poursuit Guillou. Celui qu’on balade à tous les postes, mais qu’on met toujours en premier sur une feuille de match.
L’intéressé lui-même avoue avoir «rarement vu un joueur aussi bizarre». Et pas que sur le terrain. Dans un milieu aseptisé, Müller est fin, caustique et joueur. «En Allemagne, ils ont créé un dicton à partir de son nom, raconte Patrick Guillou. Quand quelque chose est pinçant, on dit "Es Müllert wieder". C’est comme Zlataner, on a créé un verbe à partir de lui.» Comme quoi, même quand on n’a rien pour soi, on peut quand même devenir quelqu’un.


















