les chaussures d'un joueur anglais avec des lacets aux couleurs du Rainbow Flag, lors d'une campagne cotre l'homophobie, en septembre 2013.
les chaussures d'un joueur anglais avec des lacets aux couleurs du Rainbow Flag, lors d'une campagne cotre l'homophobie, en septembre 2013. - OLLY GREENWOOD / AFP

Ce n’est pas pour tout de suite, et franchement, c’est tant mieux. Alors qu’en NFL, Michael Sam (24 ans) a décidé de faire son coming out, la perspective de voir la même chose en Ligue 1 est encore très lointaine. C’est l’avis du Paris Foot Gay, qui assure que le joueur qui déciderait de franchir le pas prendrait un énorme risque, explique Jacques Lizé, le porte-parole du PFG.

Que vous inspire le coming out d’un futur joueur de NFL cette nuit?

Ce n’est pas du tout la même culture aux Etats-Unis. Il s’est passé quelque chose là-bas: le pays s’est saisi de la question. Les messages qui ont été envoyés ont vraiment reçu un accusé de réception des institutions sportives, des sponsors et même des politiques, puisque Barack Obama lui-même a pris position. Pour un jeune sportif, même dans un sport hyper macho, on lui a dit que son sponsor ne le lâcherait pas. C’est un peu la même chose en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas et en Angleterre. Les institutions, et notamment du foot, ont pris la parole là-dessus.

En France, il y a un problème avec le foot en particulier?

Il y a comme une espèce de ritualisation de l’homophobie. Il y a en a dans tous les sports, il y en a dans la danse classique comme chez les coiffeurs aussi. Mais dans le foot, il y a une tradition de l’homophobie, à travers les banderoles, les insultes à répétition. Un coming out en Ligue 1? Je n’y crois pas. La position du PFG c’est même de ne pas trop le conseiller, tant que la FFF n’a pas pris position. Les sponsors pour l’instant en France n’ont pas réellement pris position. Notre ministre des Sports est floue sur la question. J’ai l’impression que ce serait extrêmement dangereux. La société n’est pas prête.

Dangereux à quel point?

Ce que les athlètes qui ont fait leur coming out disent, c’est que certains sponsors préfèrent que les photos dans Voici soient des photos hétérosexuelles. Je ne sais pas si c’est toujours pratiqué, mais on a déjà demandé à des joueurs homosexuels de sortir avec des nanas! Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que quand un joueur est au top, qu’il soit homosexuel, quelque part, ça jase, mais ça passe. Mais au premier faux pas, c’est ce dossier-là qu’on va lui ressortir. Amélie Mauresmo l’a fait, elle est revenue là-dessus plus tard en disant que si ça avait été à refaire elle l’aurait fait plus tard voire pas du tout, et en tout cas pas en début de carrière.

Mais le coming out d’un joueur de Ligue 1 en activité, ce n’est pas ce qui pourrait arriver de mieux?

Ça débloquerait beaucoup sur les mentalités. Mais la balle n’est pas dans le camp des sportifs, elle est dans celui des institutions. C’est un peu facile d’envoyer les sportifs au front. Ce n’est pas sur leur dos qu’on va relayer le message politique. Ils ont autre chose à faire que d’être des porte-drapeaux.

Ce n’est jamais arrivé qu’un joueur de Ligue 1 vous demande conseil?

Un peu, mais on n’est pas perçu comme ça. Le conseil c’est de prendre son temps, d’évaluer tous les risques, il n’y a pas d’urgence. Dans les pays scandinaves, il y a une journée du coming out, c’est moins dans notre culture. C’est plus dangereux chez nous, tout simplement. C’est bien d’être un héros, mais il ne faut pas être un martyr.

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