Quand les fermiers américains sont obligés de pirater leurs propres tracteurs pour pouvoir les réparer

INFORMATIQUE Les agriculteurs font face à un logiciel embarqué extrêmement contraignant...

Nicolas Raffin

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Un fermier américain descend de son tracteur John Deere, le 20 janvier 2017.

Un fermier américain descend de son tracteur John Deere, le 20 janvier 2017. — Janet S. Carter /AP/SIPA

Imaginez un fermier en plein travail dans son champ. Soudain, une panne, le tracteur s’arrête. Mais même si le temps presse pour la récolte ou le semis, pas question de le réparer soi-même : une clause l’interdit expressément. Cette histoire, ils sont nombreux à la vivre aux Etats-Unis.

Comme le raconte le site Motherboard, les agriculteurs américains qui achètent un tracteur de la marque John Deere, premier constructeur mondial de matériel agricole, vivent parfois un enfer. Le contrat de licence « interdit quasiment toute réparation ou modification » de l’engin, écrit Jason Koebler, auteur de l’article.

Logiciels piratés en provenance d’Europe de l’Est

Conséquence : il faut obligatoirement la présence d’un technicien agréé pour toute intervention technique, souvent facturée au prix fort. D’après l’enquête de Motherboard, de nombreux agriculteurs, faute de temps ou d’argent, n’hésitent plus à recourir à des logiciels piratés pour contourner le problème.

Ces logiciels proviennent souvent de pays d’Europe de l’Est et sont ensuite vendus sur des forums Internet. Comme l’écrit le journaliste, la gamme de produit proposés comporte des outils informatiques permettant de « diagnostiquer les pannes (…) optimiser les performances du moteur (…) connecter un ordinateur au tracteur ».

A qui appartient le tracteur ?

Derrière cette histoire, se pose la question de la propriété. Même si l’agriculteur a acheté le tracteur, peut-il également utiliser le logiciel ? Sur son compte Twitter, le journaliste a publié la réponse de John Deere qui assure qu’un propriétaire d’engin « a la possibilité de réparer son équipement » et la réaction immédiate de Repair.org, une association qui se bat pour le droit à la réparation : « c’est n’importe quoi, affirme dans l’article le directeur de Repair.org, Gay Gordon-Byrne. Ils obligent les utilisateurs à signer un contrat de licence qui empêche de faire quoi que ce soit ».

En résumé, même si la firme vend ses tracteurs, elle garde le contrôle total du logiciel… jusqu’à ce que ce dernier soit piraté et utilisé par les agriculteurs.